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​Côte d’Ivoire/ Culture : À Assouba, la chefferie traditionnelle du Sanwi entre mémoire séculaire et défis du siècle

​Au cœur du Sud-Comoé, la chefferie cantonale d’Assouba demeure l’un des piliers vertébraux de l’organisation coutumière du royaume du Sanwi. Dans un entretien exclusif, Sa Majesté Nanan N’Dohou Adé IV, alias Djabia Ahoussi Rosaire, gardien du trône d'Attinglé, revient sur la rigueur du droit matrilinéaire Akan, la gestion de l'autorité locale et formule un plaidoyer pour un accompagnement accru des autorités traditionnelles par l'État.

AKONDANEWS4 min de lecture
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​Côte d’Ivoire/ Culture : À Assouba, la chefferie traditionnelle du Sanwi entre mémoire séculaire et défis du siècle

Côte d’Ivoire, à Assouba, cité historique surplombant 42 villages rattachés à sa tutelle traditionnelle, le poids du temps et la solennité des charges coutumières se ressentent à chaque parole. Face au micro d’Akondanews, Sa Majesté Nanan N’Dohou Adé IV (alias Djabia Ahoussi Rosaire), quatrième souverain à régner sous ce nom dynastique, incarne une institution dont la légitimité puise ses racines dans la grande odyssée du peuple Akan depuis le Ghana ancestral.

​La sacralité du matrilinéat : la matrice du pouvoir Akan

​Interrogé sur les fondements du pouvoir traditionnel à Assouba et au sein du royaume du Sanwi, le souverain rappelle l’immuabilité du système matrilinéaire, règle cardinale de la succession coutumière.

​« Ce siège, nous l'héritons par notre lignée matrimoniale depuis la venue de nos aïeux du Ghana. Aujourd’hui, c’est notre tour d’exercer pleinement cette fonction de royauté », souligne Nanan N’Dohou Adé IV.

​Dans ce schéma séculaire, le choix de l’héritier ou du dignitaire repose prioritairement sur la décision de la matriarche de la famille régnante. C’est au sein de ce lignage originel que s’organise la continuité du pouvoir.

​Structuré autour de sept grandes familles fondatrices et découpé en quartiers historiques notamment le quartier Royal, le quartier Commerce et les zones péricentriques, le canton d’Assouba conserve une souveraineté rituelle bien établie. Cette autonomie s’exprime en particulier lors de la célébration de la Fête des Ignames, temps fort de purification, de gratitude et de cohésion sociale pour l'ensemble du peuple Akan.

​Croyances, rumeurs et réalité : la sérénité des relations au sein du Sanwi

​Alors que la vie des cours royales alimente parfois les conjectures quant aux rapports entre les différentes chefferies du Sanwi, Nanan N’Dohou Adé IV balaie fermement toute idée de différend avec le trône de Krindjabo.

​« Je n’ai aucun problème particulier avec le Roi. C’est mon grand frère », recadre-t-il avec conviction. « Nos ancêtres ont connu des épreuves difficiles. Aujourd’hui, la relève nous appartient. Nous prions pour que le rayonnement du royaume repose sur des bases solides afin que nous puissions progresser ensemble. »

​S’agissant de l’exercice quotidien de son autorité à la tête du canton, le souverain reconnaît que la gestion humaine suscite inévitablement des frictions, mais que la sagesse coutumière exige la retenue et le sens du devoir.

​« Partout où il y a des hommes, il y a des discussions. La langue et les dents vivent ensemble et se querellent parfois, mais elles restent dans la même bouche. Les affaires de la communauté se règlent en interne, dans la dignité, loin de la place publique », rappelle-t-il.

​Un plaidoyer institutionnel : pour une revalorisation du statut des chefs

​Au-delà de son rôle de gardien de la tradition, Sa Majesté Nanan N’Dohou Adé IV s'est fait le porte-voix des préoccupations matérielles des autorités coutumières ivoiriennes.

Tout en saluant les avancées institutionnelles notamment l'implantation et le fonctionnement de la Chambre Nationale des Rois et Chefs Traditionnels de Côte d'Ivoire, le souverain appelle le gouvernement à concrétiser pleinement les engagements pris à leur égard.

​Au quotidien, les chefs de canton et de village agissent comme les premiers arbitres de la paix sociale, régulant les tensions foncières, familiales et communautaires. Une charge de plus en plus lourde dans un contexte économique exigeant.

​« Administrer une communauté, prendre soin de ses concitoyens et de sa famille n’est pas une tâche aisée. Sous l’ère du président Félix Houphouët-Boigny, un accompagnement clair existait pour les chefs », rappelle le souverain d'Assouba. « J’adresse un appel respectueux mais solennel au chef de l’État afin que les décisions prises en faveur de la chefferie traditionnelle se traduisent concrètement sur le terrain, pour le bien de la Côte d’Ivoire tout entière. »

​Entre fidélité aux valeurs ancestrales et quête de reconnaissance dans l'architecture administrative moderne, le canton d'Assouba réaffirme ainsi son rôle pivot : un maillon essentiel pour la stabilité du Sud-Comoé et l'enracinement de l'identité ivoirienne.

Abossia de Ferké

Tags :AfriqueCulture

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