Transition numérique / L’État pose les jalons d’un socle digital unique pour moderniser l’administration
Réunis les 3 et 4 septembre 2026 au Radisson Blu Hôtel d’Abidjan dans le cadre de l’Atelier national de priorisation des services publics numériques, acteurs publics, régies financières et experts ont dressé un diagnostic sans concession du secteur. Leur constat : face à la fragmentation et aux démarches manuelles, l’administration ivoirienne doit bâtir un socle d’infrastructures communes pour réussir son virage technologique.

Passer du ’’tout-papier’ ’aux démarches simplifiées en un clic. C’est toute l’ambition affichée lors des deux journées de travaux de l’Atelier national de priorisation des services publics numériques. Organisé à l’initiative du Ministère de la Transition Numérique et de l’Innovation Technologique, l’événement a réuni 104 participants issus de 47 structures publiques.
Au cœur des échanges du second jour : la restitution des travaux de neuf groupes de travail chargés d’établir un état des lieux et de hiérarchiser la digitalisation des prestations de l’État.
Rapports après rapports, le constat dressé par les représentants ministériels et des institutions est demeuré identique : une prédominance des procédures physiques, un manque d'interconnexion et un parcours usager souvent complexe.
Dans le secteur social et administratif, Solange Brindou, rapporteure du groupe 1 (Fonction publique, Affaires étrangères, Caisse de retraite), a souligné la persistance des dossiers physiques pour la gestion des pensions. Du côté du groupe 3 (Infrastructures, Transports, Urbanisme, Tourisme), Mme Yoboué a noté que la quasi-totalité des prestations dépend encore de traitements manuels.
Outre la lourdeur administrative, la redondance des informations collectées constitue un autre frein majeur.
« L’administration a l’information, mais elle est obligée de demander encore à l’utilisateur ces mêmes informations », a relevé Félix Bohou (groupe 2 - Eaux et Forêts, Environnement), préconisant une simplification préalable des démarches et une meilleure association des usagers dans le design des e-services. De son côté, Hermann Kangah (ANSUT) a mis en exergue le foisonnement de plateformes isolées disposant chacune de leur propre identité numérique.
Vers des briques technologiques mutualisées
Pour corriger ces dysfonctionnements, les acteurs ont convergé vers des réponses stratégiques communes à savoir une identité numérique unique (SSO national) adossée au Registre National des Personnes Physiques (RNPP) et au Numéro National d’Identification (NNI) ; une interopérabilité renforcée entre l'ensemble des systèmes d'information ministériels ; la généralisation de la confiance numérique, via le paiement en ligne centralisé, la signature et le cachet électroniques ; un portail unique centralisant la totalité des démarches administratives.
Dans le domaine régalien (Justice, Intérieur, Défense), la digitalisation de l'état civil, des jugements supplétifs ou de la « e-police » constitue un enjeu de proximité pour réduire la distance et les délais d'attente des citoyens. Pour l'écosystème économique, Ghislain Lagarde (groupe 7) a proposé de piloter les démarches des entreprises non plus comme des projets isolés, mais comme une « chaîne de valeur unique » tournée vers l'investisseur.
CAP 2028-2030 : Le défi de l’accélération
L’objectif des travaux engagés est de consolider un portefeuille prioritaire d’une centaine de services numériques, première étape avant d’atteindre les cibles fixées par le Gouvernement : 700 services en ligne d'ici 2028 et une administration « zéro papier » à l'horizon 2030.
Si la volonté de mutualiser les infrastructures numériques publiques est désormais claire, l'écart de maturité technologique entre ministères – à l'image de l'Éducation nationale déjà bien avancée – rappelle l'ampleur du chantier d'harmonisation à accomplir.
La clôture des travaux, sous la présidence du Ministre de la Transition Numérique et de l’Innovation Technologique, M. Djibril Ouattara, devait poser les premières orientations de la feuille de route nationale des infrastructures publiques numériques, marquant le début de la phase d'exécution et de déploiement des "réalisations rapides".
Anselme Koko
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