Pour digitaliser son administration / La Côte d’Ivoire vise un pilote unique et un cadre strict
À la clôture de l’atelier national de priorisation des services publics numériques, ce vendredi 4 septembre 2026 à Abidjan, le ministre Djibril Ouattara a plaidé pour une gouvernance unifiée et une meilleure coordination interministérielle. Parmi les annonces phares : 59 services prioritaires, dix « réalisations rapides » d'ici fin 2026 et la relance du Conseil national du numérique.

Ce qui devait être une simple cérémonie de clôture protocolaire s’est transformé en un véritable plaidoyer pour la refonte de la gouvernance digitale de l’État. Réunis pendant deux jours au Radisson Blu de l’aéroport d’Abidjan, les acteurs de la transition numérique ivoirienne ont achevé leurs travaux avec une feuille de route claire, mais surtout un constat d'urgence porté par leur ministre de tutelle.
Intervenant à la suite de Nongolougo Soro, Directeur Général de la Société nationale de développement informatique (SNDI), le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a livré un constat lucide sur la situation actuelle. Aujourd'hui, l'administration souffre d'un manque criant d'interopérabilité et d'une « fragmentation des plateformes ».
Dénonçant les erreurs du passé, le ministre a pointé du doigt des projets financés à hauteur de dizaines de milliards de francs CFA mais mal exploités ou conçus à l'envers, sans prise en compte réelle des besoins. Pour y remédier, la stratégie est désormais d'imposer une porte d'entrée unique : « une super app », un seul portail d’accès pour l'ensemble des services publics.
La gouvernance comme priorité absolue
« La priorité numéro un, c’est d’arriver à mettre un cadre de gouvernance sur la transition numérique », a martelé M. Ouattara.
Pour structurer cette ambition, le ministère propose d'activer le « CN Digit » (Conseil national du numérique), qui serait placé directement sous la présidence du Premier ministre, épaulé par un comité interministériel et un secrétariat exécutif. Trois projets de décrets sont déjà sur la table pour formaliser cette gouvernance et encadrer la fonction de Directeur des systèmes d’information (DSI) dans chaque ministère. De plus, un seuil financier d'un milliard de francs CFA est envisagé pour filtrer et valider les futurs projets numériques institutionnels.
59 services prioritaires et 10 « Quick Wins » dès la fin 2026
Sur les 620 services publics recensés à travers les différentes institutions, 140 ont fait l'objet d'un examen minutieux. À l'issue des concertations, 59 services à fort impact ont été retenus pour une priorisation immédiate.
L'atelier a également identifié 10 projets à déploiement rapide (« quick wins ») attendus d'ici la fin de l'année 2026. Les usagers devront ainsi voir émerger des solutions concrètes telles que l'authentification numérique des diplômes ; la preuve de vie numérique pour les retraités ; le dossier patient informatisé ; la boîte postale numérique.
Ces avancées reposeront sur cinq socles d'infrastructures communes : l'identité numérique unique, l'échange de données, une passerelle de paiement unique, des services de confiance et des registres de référence.
Cap sur 2030 : vers une administration « zéro papier »
S'inscrivant dans une vision à long terme, le gouvernement ambitionne de coordonner 700 services en trois ans, avec pour cap ultime une administration totalement dématérialisée (« zéro papier ») à l'horizon 2030.
Pour financer et concrétiser cette transformation, la Côte d'Ivoire prépare un « compact » numérique avec la Banque mondiale, une table ronde des bailleurs de fonds en décembre prochain, ainsi qu'une participation stratégique au Sommet mondial du numérique en Corée du Sud en octobre.
Enfin, le ministre a invité le secteur privé et les startups locales à s'impliquer via les programmes nationaux (IvoirTech Next15, IvoirTech Skill Up, GovTechLab) pour faire émerger un écosystème technologique local fort.
Considérant ces deux jours d'atelier comme « le début du commencement », Djibril Ouattara a rappelé que le plus grand défi ne sera pas technique, mais humain et institutionnel : réussir à faire travailler l'ensemble des administrations de concert.
Anselme Koko
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