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Munich : quand un jardin urbain transforme un coin de ville en espace d’autonomie alimentaire

À Munich, l'agriculture ne se pratique pas seulement dans les campagnes environnantes. Dans la capitale bavaroise, des parcelles permettent à des habitants de cultiver eux-mêmes des légumes, des herbes et des plantes. Le Burkinabè Dipama Hamando fait partie de ceux qui ont choisi de mettre les mains dans la terre. Particularité remarquable du dispositif : selon les informations communiquées par le bénéficiaire, environ 70 % des légumes et plants destinés à la culture sont fournis gratuitement avec le soutien de la Ville de Munich. Une expérience qui mêle écologie, alimentation de proximité et participation citoyenne — et dont certaines villes africaines pourraient tirer des enseignements.

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Munich : quand un jardin urbain transforme un coin de ville en espace d’autonomie alimentaire

À Munich, quelques mètres carrés pour produire autrement

Il suffit parfois d'un petit morceau de terre pour modifier profondément notre rapport à l'alimentation.

À Munich, Dipama Hamando dispose d'une parcelle sur laquelle il cultive différents légumes et plantes. Le principe est aussi simple qu'efficace : permettre à des citadins de produire eux-mêmes une partie de ce qu'ils consomment tout en respectant une approche écologique de la terre.

Sur sa parcelle, les légumes récoltés peuvent ainsi remplacer une partie de ceux qu'il aurait normalement fallu acheter dans le commerce.

Mais le dispositif ne consiste pas uniquement à mettre de la terre à la disposition des habitants.

Selon les informations communiquées par Dipama Hamando, environ 70 % des légumes et plants nécessaires à la mise en culture sont fournis gratuitement avec le soutien de la Ville de Munich.

Le bénéficiaire n'arrive donc pas nécessairement sur une parcelle vide avec l'obligation de financer seul l'ensemble de ses plantations. Une partie importante du matériel végétal nécessaire à la production lui est accessible sans frais.

C'est un aspect essentiel du modèle.

Car mettre une parcelle à disposition constitue une première étape. Donner également aux habitants les moyens de la cultiver permet de réduire davantage les obstacles à la participation.

Une parcelle accessible pour environ 100 euros par an

Selon Dipama Hamando, l'accès à la parcelle lui revient à environ 100 euros par an.

La demande est cependant importante et l'accès aux parcelles fait l'objet d'une sélection.

La démarche s'inscrit par ailleurs dans une logique écologique. Les cultures doivent respecter des principes environnementaux et éviter l'utilisation de produits chimiques incompatibles avec cette philosophie.

Le jardin urbain devient alors beaucoup plus qu'un simple espace de loisir. Il constitue un petit laboratoire de production alimentaire locale. Le citadin plante, entretient, observe et récolte. Il redevient, même à une échelle modeste, producteur de sa propre alimentation.

Quand la collectivité accompagne le citoyen

La fourniture gratuite d'une grande partie des plants donne à l'expérience une dimension particulièrement intéressante.

Elle traduit une conception de l'action publique dans laquelle la collectivité ne se contente pas d'interdire, de réglementer ou d'aménager. Elle crée également les conditions permettant au citoyen d'agir.

La logique est simple : mettre à disposition un espace, faciliter l'accès aux cultures et responsabiliser ensuite le bénéficiaire dans leur entretien.

Cette approche permet également de rapprocher plusieurs objectifs généralement traités séparément : environnement, alimentation, participation citoyenne, espaces verts et sensibilisation écologique.

À l'heure où le prix des produits alimentaires constitue une préoccupation pour de nombreux ménages européens, produire une partie de ses légumes peut également représenter une économie, même si une petite parcelle ne saurait naturellement couvrir l'ensemble des besoins alimentaires d'une famille.

Dipama Hamando, une figure du panafricanisme et de l'engagement citoyen en Allemagne

L'expérience prend une dimension supplémentaire lorsque l'on s'intéresse au parcours de Dipama Hamando, originaire du Burkina Faso.

Il est fondateur et président de l'Arbeitskreis Panafrikanismus München e. V., le groupe de travail pour le panafricanisme à Munich. Pendant douze ans, il a également siégé au conseil d'administration de la fédération faîtière des conseils consultatifs des migrations et de l'intégration en Bavière.

Dipama Hamando est par ailleurs membre du Conseil bavarois de l'audiovisuel, où il représente les migrant·e·s, et porte-parole du Conseil bavarois des réfugiés. Son engagement politique porte notamment sur les droits des personnes réfugiées, migrantes et, plus particulièrement, des personnes noires en Allemagne.

Membre fondateur du Conseil central de la communauté africaine en Allemagne, il exerce aujourd'hui comme consultant et intervenant spécialisé dans la lutte contre les discriminations et le racisme.

Ce parcours permet de comprendre pourquoi, chez lui, l'expérience du jardin urbain dépasse rapidement la seule question de la production alimentaire. Elle rencontre également une réflexion politique plus ancienne sur l'écologie, l'autonomie et le rapport de l'Afrique à son propre développement.

De Munich à Ouagadougou, l'héritage de Sankara

Pour Dipama Hamando, cette expérience munichoise ne constitue pourtant pas la découverte, en Europe, d'une nouvelle conscience écologique.

Elle réveille plutôt des convictions anciennes, profondément liées à son Burkina Faso natal et à l'héritage politique de Thomas Sankara.

Se définissant comme un « pur produit de Sankara », il considère cette parcelle comme la continuité d'une conception de l'écologie et du rapport à la terre profondément ancrée en lui.

« L'Europe n'a pas à enseigner l'écologie à l'Afrique. Sous Thomas Sankara, la protection de l'environnement, la reforestation, la responsabilité collective et le rapport à la terre faisaient déjà partie de notre vision du développement. Je suis un pur produit de cette époque. Lorsque je cultive aujourd'hui cette parcelle à Munich, je ne découvre pas l'écologie : je prolonge simplement quelque chose que Sankara a profondément ancré en moi », confie Dipama Hamando.

Pour Dipama Hamando, cette parcelle munichoise dépasse donc le simple jardinage : elle représente, dans un autre pays et plusieurs décennies plus tard, la continuité d'une conscience écologique qu'il rattache directement à l'héritage sankariste.

Cette lecture apporte aussi une nuance essentielle à l'expérience observée à Munich. Il ne s'agit pas de présenter l'Europe comme celle qui apprendrait aujourd'hui à l'Afrique à protéger son environnement. Il s'agit plutôt d'observer ce qui fonctionne dans une ville européenne tout en reconnaissant que le continent africain possède lui aussi ses propres expériences, pratiques et héritages en matière d'écologie.

Et si les villes africaines adaptaient ce modèle ?

C'est probablement ici que l'expérience de Munich devient la plus intéressante pour l'Afrique.

Abidjan, Ouagadougou, Dakar, Accra, Lomé, Cotonou, Nairobi ou Kinshasa connaissent une urbanisation considérable. Les terrains disponibles se raréfient, la pression foncière augmente et les zones de production alimentaire s'éloignent progressivement des consommateurs.

Pourtant, les villes africaines disposent elles aussi d'espaces qui pourraient, lorsque les conditions foncières, sanitaires et environnementales le permettent, être consacrés à des jardins communautaires ou à une agriculture urbaine encadrée.

L'enseignement de Munich ne consiste donc pas à copier mécaniquement un modèle européen. Il consiste à observer son mécanisme.

Mettre la terre à disposition ne suffit pas toujours. Il faut également donner aux citoyens les moyens de la travailler.

Imagine-t-on, par exemple, des municipalités africaines identifiant des espaces adaptés, aménageant des parcelles communautaires et fournissant aux familles sélectionnées une partie des semences et des plants ?

Les bénéficiaires prendraient ensuite en charge l'entretien et récolteraient une partie de leur production.

Pour les écoles, l'intérêt pourrait être encore différent : créer des jardins pédagogiques où les enfants apprendraient à planter, entretenir et récolter tout en découvrant les principes de protection des sols et de l'environnement.

L'expérience de Dipama Hamando rappelle cependant que cette adaptation ne devrait pas être conçue comme une simple importation d'un modèle venu d'Europe. L'Afrique peut aussi revisiter ses propres expériences et traditions environnementales, puis les conjuguer avec les solutions qui fonctionnent ailleurs.

Une politique qui pourrait aussi intéresser Abidjan

Dans une métropole comme Abidjan, où urbanisation, pression foncière et coût de la vie se rencontrent, l'idée mérite au moins d'être étudiée.

Elle pourrait prendre une forme ivoirienne, adaptée aux réalités climatiques, foncières et sociales du pays.

Il ne s'agirait évidemment pas de prétendre résoudre la question de la sécurité alimentaire avec quelques jardins.

L'agriculture urbaine est un complément, pas un substitut à une véritable politique agricole.

Mais son intérêt dépasse la quantité de tomates, d'aubergines ou de légumes récoltés.

Elle recrée un rapport entre le citadin et son alimentation. Elle transforme certains espaces disponibles en lieux productifs. Elle peut créer du lien entre habitants. Et surtout, elle rappelle qu'une politique publique efficace n'a pas toujours besoin d'être gigantesque pour produire des effets concrets dans la vie quotidienne.

À Munich, l'expérience vécue par Dipama Hamando tient finalement en quelques éléments : une parcelle, des plants largement soutenus par la collectivité, une contribution annuelle accessible, des règles écologiques et le travail personnel du bénéficiaire.

Pris séparément, chacun paraît modeste.

Mis ensemble, ils dessinent pourtant une conception intéressante de la ville : une ville dans laquelle le citoyen n'est plus seulement consommateur de son environnement, mais participe aussi à sa production.

Pour l'Afrique, la véritable question n'est donc pas : « Peut-on reproduire Munich ? » Elle est beaucoup plus pertinente : « Que pouvons-nous retenir de cette expérience pour inventer nos propres modèles africains d'agriculture urbaine, en puisant aussi dans nos propres héritages? »

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