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Ghana : la bataille pour reprendre le contrôle de l’or africain

Premier producteur d’or d’Afrique, le Ghana ne veut plus se satisfaire d’extraire une richesse dont une partie de la valeur est créée ailleurs. Depuis le 1er septembre 2026, certaines exportations d’or doré doivent obligatoirement passer par des raffineries ghanéennes avant de quitter le pays. Derrière cette décision technique se dessine une ambition autrement plus stratégique : conserver davantage de valeur, d’emplois, de savoir-faire et de devises sur le territoire national. Pour Akondanews, l’expérience ghanéenne pose une question qui concerne tout le continent : l’Afrique peut-elle continuer à exporter ses richesses avant leur transformation et espérer, dans le même temps, construire sa souveraineté économique ?

AKONDANEWS8 min de lecture
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Ghana : la bataille pour reprendre le contrôle de l’or africain

Accra change les règles du jeu

Depuis le 1er septembre 2026, le Ghana a franchi une nouvelle étape dans sa politique aurifère.

Le Ghana Gold Board, plus connu sous le nom de GoldBod, impose désormais aux Self-Financing Aggregators concernés de faire raffiner au Ghana l’or doré acheté dans le cadre d’accords avec des acheteurs agréés avant son exportation.

La règle est explicite : GoldBod ne doit plus autoriser l’exportation de cet or sous forme non raffinée. Les entreprises concernées doivent passer par une raffinerie approuvée ou désignée par l'organisme public. (GoldBod)

Cette nuance est importante : il ne s’agit pas d’une interdiction générale de toute exportation d’or non raffiné produit au Ghana, mais d’une obligation visant les opérations couvertes par le nouveau régime de GoldBod.

Derrière cette réglementation se trouve néanmoins une orientation politique beaucoup plus ambitieuse : faire progressivement du Ghana autre chose qu’un simple territoire d’extraction.

Extraire l’or ne suffit plus

Pendant des décennies, une grande partie du débat africain sur les ressources naturelles s’est concentrée sur la production.

Combien de tonnes extraites ? Combien exportées ? Combien de milliards de dollars générés ?

Mais une autre question devient progressivement centrale :

où se crée réellement la valeur ?

Entre une matière première extraite du sous-sol et un produit répondant aux standards internationaux interviennent le raffinage, l’analyse de pureté, la certification, la transformation, la fabrication, la commercialisation et les services financiers.

Chacune de ces étapes génère de l’activité économique.

Lorsqu’elles sont réalisées à l’extérieur, une partie de cette activité quitte le pays en même temps que la matière première.

Le Ghana tente désormais de déplacer une partie de cette chaîne vers son propre territoire.

Près de 6 millions d’onces produites en 2025

L’enjeu est considérable.

Le Ghana a produit près de six millions d’onces d’or en 2025, soit environ 185 tonnes, selon les données rapportées par Al Jazeera. L’exploitation artisanale et à petite échelle en représentait environ 3,1 millions d’onces.

Plus spectaculaire encore : les recettes d’exportation de l’or auraient atteint environ 20 milliards de dollars en 2025, contre 10,3 milliards l’année précédente. (Al Jazeera)

Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi Accra cherche désormais à mieux maîtriser la chaîne.

Lorsqu’une ressource pèse plusieurs milliards de dollars dans les échanges extérieurs d’un pays, la question de savoir qui raffine, qui certifie, qui transforme et qui commercialise cesse d’être simplement industrielle.

Elle devient stratégique.

De l’or ghanéen raffiné au Ghana

Le mouvement n’a d’ailleurs pas commencé en septembre.

En février 2026, GoldBod annonçait déjà le traitement des premiers lots d’or dans le cadre de son nouveau dispositif de raffinage domestique avec Gold Coast Refinery.

Selon l’organisme, cette raffinerie dispose d’une capacité pouvant atteindre deux tonnes par semaine, tandis que l’accord initial prévoyait la fourniture d’au moins une tonne hebdomadaire. GoldBod indiquait également que le démarrage de ces opérations avait permis la création d’environ 162 emplois supplémentaires. (GoldBod)

L'objectif est donc concret : déplacer vers le Ghana une activité qui aurait autrement pu être réalisée à l'étranger.

Et le pays veut aller plus loin.

En juin, le gouvernement, GoldBod et l’industrie minière ont conclu un accord prévoyant que 30 % de la production des grandes compagnies minières soit vendue localement à GoldBod à compter du 1er juillet. L’or acheté dans ce cadre doit être raffiné localement, tandis qu’Accra vise l’accréditation LBMA d’au moins une raffinerie locale à l’horizon 2030. (GoldBod)

Une bataille qui dépasse les lingots

Ce que tente le Ghana n’est donc pas simplement une réforme du commerce de l’or.

Le pays cherche à construire progressivement un écosystème aurifère national.

Extraction.

Achat.

Analyse.

Raffinage.

Réserves.

Et, potentiellement, davantage de bijouterie, de fabrication et de services liés à l’or.

GoldBod a parallèlement rendu obligatoire, depuis le 1er septembre, l'utilisation de la fluorescence X — XRF — comme méthode standard de détermination de la pureté de l'or lors des achats. L’objectif annoncé est d’améliorer la précision, la transparence et la cohérence des transactions. (GoldBod)

La souveraineté minière passe donc aussi par une question rarement mise en avant : la capacité technique à connaître précisément la valeur de ce que l’on possède.

L’or comme instrument de souveraineté monétaire

La stratégie ghanéenne possède également une dimension financière.

GoldBod affirme avoir généré 1,315 milliard de dollars de devises en août 2026 dans le cadre de son nouveau modèle de financement. Pour septembre, l'organisme vise 1,4 milliard de dollars, dont une partie doit alimenter les banques commerciales et une autre contribuer à l'accumulation des réserves de la Banque du Ghana. (GoldBod)

L’or n’est donc plus envisagé uniquement comme une marchandise destinée à être exportée.

Il devient aussi un outil potentiel de stabilisation financière, d'accumulation de réserves et de renforcement de la position extérieure du pays.

C’est probablement là que la politique ghanéenne devient particulièrement intéressante pour le reste du continent.

L’Afrique extrait, le monde transforme

Le Ghana met le doigt sur l’un des grands paradoxes économiques africains.

Le continent possède une quantité considérable de ressources naturelles, mais la possession d’une ressource ne signifie pas automatiquement la maîtrise de sa valeur.

Cacao.

Café.

Coton.

Pétrole.

Cuivre.

Cobalt.

Lithium.

Bauxite.

Or.

Le schéma s’est répété pendant des décennies : extraire ou produire, exporter relativement peu transformé, puis importer des produits à plus forte valeur ajoutée.

Le problème n’est donc pas l’exportation en elle-même.

Aucune économie moderne ne peut prétendre tout transformer localement à n’importe quel coût.

La question est celle du positionnement dans la chaîne de valeur.

Si l’Afrique reste principalement au premier maillon — celui de l’extraction — tandis que d’autres économies dominent le raffinage, la transformation, la certification, la technologie, le financement et la commercialisation, une partie importante de la richesse générée par les ressources africaines continuera nécessairement à être créée ailleurs.

Le Ghana tente de renverser la logique

La stratégie d’Accra pourrait se résumer par une idée simple :

avant que notre or quitte notre territoire, faisons en sorte qu’une plus grande partie de sa valeur reste chez nous.

Cette philosophie ne signifie pas fermer les frontières.

Elle consiste au contraire à modifier les conditions de participation du Ghana à l’économie mondiale.

Le pays ne dit pas : « Nous ne vendrons plus notre or ».

Il dit progressivement :

« Nous voulons vendre un produit sur lequel davantage de travail, de technologie et de valeur auront été créés au Ghana. »

La différence est fondamentale.

Mais la souveraineté ne se décrète pas

L’expérience ghanéenne devra cependant être jugée sur ses résultats.

Imposer le raffinage local ne suffit pas si les capacités industrielles sont insuffisantes, si les coûts deviennent non compétitifs, si les délais perturbent les exportateurs ou si la réglementation favorise le commerce clandestin.

La réussite dépendra donc de plusieurs facteurs : capacité des raffineries, standards internationaux, transparence de GoldBod, traçabilité, approvisionnement électrique, coûts de transformation, compétences techniques et confiance des opérateurs.

L’accréditation internationale sera également déterminante.

La souveraineté économique ne consiste pas seulement à imposer que la transformation ait lieu sur le territoire. Elle consiste à devenir suffisamment performant pour que cette transformation y soit durablement compétitive.

C’est là que se jouera la véritable réussite du modèle ghanéen.

Du Ghana au reste de l’Afrique

L’expérience dépasse largement les frontières ghanéennes.

Pour la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, le Burkina Faso, la République démocratique du Congo, la Zambie ou d’autres États riches en matières premières, la question fondamentale est similaire :

quelle partie de la chaîne de valeur voulons-nous réellement contrôler ?

La réponse ne sera évidemment pas identique pour chaque ressource et chaque pays.

Mais le principe mérite d’être posé.

Pourquoi le cacao africain devrait-il principalement quitter le continent avant de devenir chocolat ?

Pourquoi le lithium ou le cobalt devraient-ils être exportés avant que l’essentiel de la valeur industrielle liée aux batteries ne soit créé ?

Pourquoi l’or devrait-il quitter systématiquement les pays producteurs avant les étapes qui génèrent emplois, expertise et marges supplémentaires ?

Ces questions ne relèvent plus seulement du panafricanisme politique.

Elles relèvent de la stratégie industrielle.

De la souveraineté des ressources à la souveraineté des chaînes de valeur

Pendant longtemps, la souveraineté africaine a été pensée principalement en termes de propriété : contrôler le territoire, les mines et les ressources.

Au XXIe siècle, cela ne suffit plus.

La véritable puissance économique se trouve aussi dans la capacité à transformer, financer, certifier, transporter, assurer, commercialiser et maîtriser la technologie.

Posséder la mine est une chose.

Posséder la chaîne de valeur en est une autre.

C’est peut-être la principale leçon de l’expérience actuellement menée par le Ghana.

L’Afrique n’est pas pauvre en ressources. Son défi est de cesser d’être pauvre dans les chaînes de valeur construites autour de ses propres richesses.

Et derrière la décision ghanéenne d’imposer davantage de raffinage local apparaît alors une question beaucoup plus grande que l’or :

combien de temps l’Afrique continuera-t-elle à exporter ses richesses avant leur transformation, puis à racheter à prix fort la valeur créée ailleurs ?

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Tags :EconomieBusiness

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