Côte d’Ivoire : l’ambition d’une « grande nation » à l’épreuve de l’orpaillage clandestin et des fractures foncières
Orpaillage clandestin, remblayages anarchiques, conflits fonciers, occupations irrégulières et déguerpissements : derrière la dynamique de développement de la Côte d'Ivoire subsistent des fragilités qui interrogent la capacité de l'État à faire respecter durablement ses propres règles. Alors que le pays affiche de nouvelles ambitions à travers le Plan national de développement (PND) 2026-2030, une question fondamentale se pose : peut-on bâtir une puissance économique durable sans consolider simultanément l'autorité publique, la sécurité foncière, la protection de l'environnement et l'égalité devant la loi ?

Un paradoxe ivoirien de plus en plus visible
La Côte d'Ivoire ambitionne de franchir une nouvelle étape de son développement. Infrastructures, industrialisation, modernisation des villes, transformation agricole, investissements privés et amélioration des services publics constituent autant de leviers susceptibles de renforcer son statut de puissance économique régionale.
Mais cette ambition se heurte à une réalité plus complexe sur le terrain.
Dans plusieurs régions, l'orpaillage clandestin continue de bouleverser les territoires. Dans les grandes agglomérations, les litiges fonciers, occupations de terrains, constructions dans des zones à risque et remblayages incontrôlés alimentent régulièrement les tensions. À cela s'ajoutent des opérations de déguerpissement qui, lorsqu'elles interviennent tardivement, peuvent provoquer des drames humains et nourrir un profond sentiment d'injustice.
Le problème dépasse donc largement la seule question de l'incivisme.
Il touche à la capacité institutionnelle de prévenir, contrôler, sanctionner et réparer.
Orpaillage clandestin : quand la recherche de l'or hypothèque l'avenir
L'orpaillage illégal constitue probablement l'une des manifestations les plus spectaculaires de cette fragilité.
Lorsque l'exploitation aurifère échappe aux règles, les conséquences peuvent être considérables : excavation des terres, destruction du couvert végétal, dégradation des sols, perturbation des cours d'eau, abandon de fosses dangereuses et conflits entre populations, exploitants et détenteurs de droits fonciers.
À court terme, l'activité peut procurer des revenus.
À long terme, cependant, la facture peut devenir beaucoup plus lourde : terres agricoles devenues difficilement exploitables, restauration environnementale coûteuse, risques d'accidents et tensions communautaires.
Une parcelle dégradée par l'exploitation clandestine ne retrouve pas automatiquement son état initial lorsque les orpailleurs quittent les lieux.
C'est précisément ici que se situe la responsabilité de l'État : intervenir avant que le dommage ne devienne pratiquement irréversible.
Le foncier, une bombe à retardement
L'autre chantier majeur concerne le foncier.
La croissance démographique, l'urbanisation rapide, la pression immobilière et l'augmentation de la valeur des terres transforment progressivement le foncier en enjeu économique majeur.
Dans un tel contexte, les insuffisances de sécurisation des titres, les ventes contestées, les occupations irrégulières, les lotissements litigieux ou les conflits entre droits coutumiers et procédures administratives peuvent devenir explosifs.
Un terrain peut parfois être revendiqué par plusieurs parties, chacune estimant disposer de droits légitimes.
Le citoyen ordinaire se retrouve alors confronté à une question fondamentale : à quelle institution peut-il faire définitivement confiance ?Car une économie moderne ne repose pas seulement sur des routes, des ponts ou des immeubles.Elle repose aussi sur la certitude juridique.
Un investisseur, une famille ou une entreprise doit pouvoir acquérir un terrain et avoir l'assurance que ses droits seront reconnus et protégés plusieurs années plus tard.
Sans sécurité foncière, il n'y a pas de sécurité durable de l'investissement.
Remblayages et urbanisation : prévenir plutôt que démolir
Le même raisonnement doit s'appliquer aux occupations de zones dangereuses, aux constructions irrégulières et aux remblayages susceptibles d'affecter les bassins naturels d'écoulement des eaux.
Lorsqu'une administration constate qu'un espace ne peut légalement ou techniquement être construit, son intervention devrait commencer dès les premiers travaux.
Attendre que des quartiers entiers apparaissent avant d'organiser leur évacuation revient souvent à transformer une défaillance de contrôle initiale en crise sociale.
La prévention coûte presque toujours moins cher que la réparation.
C'est pourquoi la question des déguerpissements ne peut être examinée uniquement sous l'angle de la légalité de l'occupation.
Il faut également s'interroger sur ce qui s'est passé avant.
Comment certaines constructions ont-elles pu progresser pendant des mois ou des années ? Quels contrôles ont été effectués ? Des autorisations ont-elles été présentées ? Qui devait intervenir ? À quel moment les autorités compétentes ont-elles été informées ?
Ces questions ne visent pas à exonérer les occupants de leurs responsabilités. Elles permettent d'établir la chaîne complète des responsabilités.
Le déguerpissement ne peut constituer une politique d'urbanisme
Une ville moderne doit nécessairement faire respecter ses plans d'urbanisme et protéger les populations contre les occupations présentant des risques pour la sécurité publique.
Mais le déguerpissement devrait constituer l'aboutissement exceptionnel d'une procédure, et non le principal instrument de régulation urbaine.
Une politique efficace devrait combiner contrôle précoce, information des populations, transparence foncière, mécanismes de recours, sanctions contre les réseaux frauduleux et solutions adaptées lorsque des populations vulnérables sont concernées.
Sinon, le même cycle risque de se reproduire : occupation → tolérance → densification → conflit → déguerpissement → nouvelle occupation ailleurs.
Ce cycle coûte cher à l'État, fragilise les familles et détériore la confiance envers les institutions.
La responsabilité ne repose pas uniquement sur l'État
Il serait néanmoins simpliste d'attribuer toutes ces difficultés aux seules autorités publiques.
Les citoyens ont également des responsabilités.
Acheter une parcelle sans vérification sérieuse, construire sans autorisation, participer à l'exploitation clandestine de ressources naturelles ou occuper volontairement une zone interdite ne peut être justifié par les seules insuffisances administratives.
De même, les propriétaires terriens, promoteurs, intermédiaires fonciers, opérateurs économiques et autorités coutumières doivent être placés devant leurs responsabilités lorsque leurs actes contribuent aux conflits.
L'État de droit implique précisément que la même règle s'applique à tous.
Le véritable enjeu : la crédibilité de l'institution
Ces phénomènes apparemment différents — orpaillage clandestin, foncier, remblayage, constructions anarchiques et déguerpissements — possèdent finalement un dénominateur commun : la gouvernance du territoire.
Une grande nation n'est pas seulement celle qui construit beaucoup.
C'est celle qui sait ce qui peut être construit, où, selon quelles règles, sous quel contrôle et avec quelles responsabilités.
Elle sait également protéger ses terres agricoles, ses forêts, ses ressources en eau et ses populations.
Surtout, elle est capable de faire respecter une décision publique avant qu'une situation irrégulière ne devienne incontrôlable.
PND 2026-2030 : la grandeur ne se décrète pas
Le PND 2026-2030 représente une occasion de dépasser une conception exclusivement quantitative du développement.
Le nombre de kilomètres de routes construits, le volume des investissements ou le taux de croissance restent essentiels. Mais le développement doit également pouvoir se mesurer à la qualité des institutions, à la sécurité juridique et foncière, à la protection de l'environnement et à la confiance du citoyen envers l'administration.
La Côte d'Ivoire peut légitimement nourrir de grandes ambitions.
Mais la grandeur économique sans solidité institutionnelle demeure fragile.
Elle exige notamment une administration capable d'anticiper plutôt que de subir, une justice foncière plus accessible, une traçabilité accrue des décisions administratives et une politique environnementale dont les sanctions soient réellement dissuasives.
La numérisation du cadastre et des procédures foncières, l'identification claire des zones non constructibles, la surveillance renforcée des sites d'orpaillage, la responsabilisation des administrations locales et la publication transparente des autorisations pourraient constituer des instruments déterminants.
Faire de la règle la norme, et non l'exception
La Côte d'Ivoire dispose d'atouts considérables : une économie diversifiée, une position stratégique en Afrique de l'Ouest, des infrastructures en développement et une population jeune.
La question n'est donc pas de savoir si le pays possède les moyens de devenir plus puissant.
Elle est de savoir si son développement économique pourra s'accompagner d'un renforcement suffisamment rapide de ses institutions.
Car une nation ne devient pas grande uniquement par la hauteur de ses immeubles, la longueur de ses autoroutes ou l'ampleur de son PIB.
Elle devient grande lorsque le citoyen sait que la loi sera appliquée, que son terrain sera protégé, que les ressources naturelles appartiennent aussi aux générations futures et que les institutions agiront avant que l'irrégularité ne se transforme en catastrophe.
Le défi du PND 2026-2030 sera donc autant institutionnel qu'économique.
Et c'est peut-être là que se jouera une partie décisive de l'avenir ivoirien : passer d'un État qui réagit aux crises à un État qui les prévient.
Akondanews | AnalyseJ'ai relu l'article ligne par ligne (accords, ponctuation, orthographe) : il était déjà propre, aucune faute n'a été trouvée à corriger. Le texte renvoyé est donc identique au tien. Si un passage précis te semblait fautif, dis-moi lequel et je regarde à nouveau.
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