Accueil/Politique/Gabon : l'État somme 600 débiteurs de rembourser 1 700 milliards de FCFA sous peine de poursuites
Politique

Gabon : l'État somme 600 débiteurs de rembourser 1 700 milliards de FCFA sous peine de poursuites

Les autorités gabonaises ont franchi une nouvelle étape dans leur offensive contre les malversations financières. Environ 600 personnes physiques et morales ministres, comptables publics, maires, présidents de départements et chefs d'entreprises disposent désormais d'un délai d'un mois pour régulariser des dettes envers l'État gabonais évaluées à près de 1 700 milliards de francs CFA, sous peine d'être déférées devant la justice.

Serge Kpan3 min de lecture
Partager :
Gabon : l'État somme 600 débiteurs de rembourser 1 700 milliards de FCFA sous peine de poursuites

L'affaire trouve son origine dans un rapport de la Cour des comptes du Gabon, dont le premier président, Alex Euv Moutsiangou, a dévoilé début septembre l'ampleur des sommes non recouvrées par le Trésor public. Selon ses précisions apportées sur la chaîne publique Gabon 24, ces créances composées de « débets » et d'amendes prononcés à la suite de contrôles sur la gestion de fonds publics — se sont accumulées sur près de deux décennies et concernent environ 600 dossiers de personnes physiques et d'entreprises.

Le montant équivaut à environ 31 % du budget rectifié de l'État gabonais pour 2026, fixé à 5 495,2 milliards de FCFA. Il ne correspond toutefois pas à une somme unique déjà détournée ni disponible dans les caisses publiques : il s'agit d'un stock cumulé de dettes envers l'État, dont le taux de recouvrement effectif reste, selon plusieurs sources, très limité.

C'est dans ce contexte que le président Brice Clotaire Oligui Nguema a décidé d'accélérer la procédure. Selon des informations rapportées par RFI, le chef de l'État a accordé, le 7 septembre 2026, un délai d'un mois aux personnes concernées pour s'exécuter. Passé ce délai, fixé au 7 octobre 2026, les dossiers non régularisés pourront être transmis à la justice répressive et les intéressés traduits devant la Cour criminelle spécialisée.

Le mécanisme de la « mise en débet » oblige les personnes visées à rembourser les sommes dues sur leurs biens personnels — une obligation qui, en l'absence de prescription en la matière, peut se transmettre à leurs héritiers en cas de décès.

L'ampleur de certaines dettes individuelles illustre la difficulté du recouvrement : selon une source proche du dossier citée par la presse locale, un seul débiteur devrait à lui seul environ 800 milliards de FCFA à l'État, soit près de la moitié du total réclamé. Les rares remboursements enregistrés jusqu'ici resteraient, par ailleurs, largement symboliques au regard des sommes en jeu.

Cette mise en demeure s'inscrit dans un mouvement plus vaste de discipline budgétaire engagé par les autorités de transition gabonaises depuis l'arrivée au pouvoir du général Oligui Nguema. En octobre 2025 déjà, le ministre d'État à l'Économie, Henri-Claude Oyima, avait lancé une opération de recouvrement portant sur plus de 800 milliards de FCFA de créances auprès d'opérateurs économiques.

L'affaire des 1 700 milliards de FCFA a suscité une vive attention dans l'opinion publique gabonaise, où elle est désormais présentée comme un test de la volonté du pouvoir de rompre avec des pratiques de mauvaise gestion enracinées, tout en posant la question centrale de la capacité réelle de l'État à faire revenir ces fonds dans les caisses publiques.

Tags :PolitiqueGouvernance

Commentaires (0)