DÉCLARATION DE DAKAR : L'AFRIQUE ADOPTE UNE FEUILLE DE ROUTE HISTORIQUE POUR L'ÉLEVAGE DURABLE
Du 8 au 11 juin à Dakar, la 14e réunion du GASL s'est clôturée par une déclaration stratégique. Sécurité alimentaire, climat, femmes rurales : un cap continental fixé au moment où l'Afrique de l'Ouest fait face à ses plus grands défis alimentaires.

Pour la première fois de son histoire, le Programme mondial pour un élevage durable — le GASL — tenait sa réunion annuelle en Afrique de l'Ouest. Du 8 au 11 juin 2026, Dakar a accueilli cette 14e édition de la plateforme multipartite coprésidée par la FAO et le gouvernement sénégalais, réunissant des ministres ouest-africains, des chercheurs internationaux, des organisations paysannes et des représentants de la société civile autour du thème ambitieux : « Du dialogue mondial à l'action locale pour un élevage résilient et durable ». La clôture, ce 11 juin, marque l'adoption formelle de la Déclaration de Dakar.
Ce document de référence constitue une feuille de route stratégique qui engage les signataires sur trois piliers fondamentaux et complémentaires. Le premier concerne la sécurité alimentaire et nutritionnelle, reconnaissant l'élevage non comme une activité secondaire mais comme un moteur essentiel des économies rurales africaines et un pilier de la santé publique continentale. Des millions de familles africaines dépendent directement du bétail pour leur subsistance, leurs revenus et leur alimentation quotidienne. Le deuxième pilier s'appuie sur l'approche « Une seule santé », qui lie indissociablement la santé animale, la santé humaine et la santé environnementale. Une approche d'autant plus urgente dans un contexte post-Covid et d'épidémies récurrentes. Le troisième pilier porte sur la résilience climatique, avec des engagements concrets pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l'élevage tout en maintenant voire en améliorant la productivité du secteur face aux aléas climatiques croissants.
La Déclaration accorde une attention particulière aux femmes et aux jeunes, reconnus comme acteurs essentiels mais insuffisamment valorisés de l'élevage africain. Le texte plaide explicitement pour lever les obstacles structurels qui limitent encore leur accès aux terres, aux financements, aux marchés et aux formations techniques. Le ministre sénégalais Cheikh Oumar Ba a appelé à une coopération régionale transfrontalière renforcée, soulignant que les défis de l'élevage — transhumance, épizooties, changement climatique — ne connaissent aucune frontière nationale et nécessitent des réponses régionales coordonnées.
Pour l'Afrique de l'Ouest, cette déclaration arrive dans un contexte de pression alimentaire croissante. La guerre en Iran a fait flamber les coûts des intrants agricoles importés. Les aléas climatiques menacent les pâturages et les points d'eau. Les conflits intercommunautaires entre éleveurs et agriculteurs se multiplient au Sahel. Disposer d'une feuille de route continentale structurée, appuyée par la FAO et les gouvernements, constitue une avancée concrète — à condition que les engagements de Dakar se traduisent en budgets, en politiques et en actions de terrain.
La Déclaration de Dakar intervient dans un contexte climatique préoccupant pour l'élevage africain. El Niño, dont la probabilité d'occurrence entre juin et août 2026 est estimée à 80 % par l'Organisation météorologique mondiale, menace d'apporter des épisodes de sécheresse supplémentaires dans la Corne de l'Afrique et des précipitations excessives dans d'autres zones. Pour les éleveurs nomades et transhumants — qui représentent des dizaines de millions de personnes au Sahel et en Afrique de l'Est — ces aléas climatiques constituent une menace existentielle directe.
C'est précisément pourquoi la dimension « résilience climatique » de la Déclaration de Dakar revêt une importance particulière. L'adoption de pratiques d'élevage moins émettrices de gaz à effet de serre n'est pas un luxe écologique destiné aux pays riches : c'est une nécessité économique pour des communautés rurales africaines dont la survie dépend de la stabilité des pâturages, des points d'eau et des couloirs de transhumance. La FAO a promis un appui technique et financier renforcé pour les pays signataires qui s'engageront dans la mise en œuvre concrète de la déclaration. Les prochains mois diront si ces engagements se traduiront en actions — ou resteront lettre morte comme tant d'autres déclarations de bonnes intentions continentales.
La réussite de la Déclaration de Dakar se mesurera dans cinq ans, quand les bilans de mise en œuvre seront présentés. L'Afrique a trop souffert des déclarations sans lendemain. Ce qui compte maintenant, c'est que chaque pays signataire traduise les engagements en lois, en budgets et en programmes concrets pour les millions d'éleveurs qui attendent des résultats tangibles dans leur quotidien.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
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