Anyama : un contrat de partenariat foncier de 1,7 milliard de FCFA vire à l'affrontement public entre deux opérateurs immobiliers
Un différend portant sur des centaines d'hectares à Anyama 4 Croix oppose désormais publiquement l'aménageur Soumahoro Mory au promoteur du projet « Akwaba City », Touré Ahmed Boua. Les deux hommes ont organisé, à un jour d'intervalle, des conférences de presse aux versions diamétralement opposées.

Le conflit qui oppose l'Entreprise Soumahoro Travaux Publics (ESTP) au promoteur immobilier Sophia Immobilier a franchi, cette semaine, un nouveau palier. D'une querelle contractuelle discrète, l'affaire est devenue un bras de fer public, chacune des parties ayant choisi de porter sa version des faits devant la presse.

L'origine du dossier remonte à un projet d'aménagement de 72 hectares confié à Soumahoro Mory par un collectif de huit familles propriétaires terriennes. Selon l'aménageur, les travaux décapage, lotissement, délimitation et bornage auraient été menés jusqu'à l'obtention des Arrêtés de concession définitive (ACD), documents qui attestent officiellement des droits fonciers.
C'est à ce stade que Touré Ahmed Boua, PDG de Sophia Immobilier, serait entré en scène, revendiquant la propriété d'une emprise bien plus vaste de 346 hectares incluant les parcelles déjà travaillées par ESTP sur la base d'autres ACD. Pour concilier les deux revendications, un contrat de partenariat a été signé entre les deux opérateurs en décembre 2025, prévoyant l'achèvement des travaux, la commercialisation des lots et un partage des bénéfices.

La rupture intervient le 14 juillet 2026, avec une correspondance officielle de Me Guei Cérédé, le notaire en charge du dossier. Dans ce courrier, dont la presse a obtenu copie, l'officier ministériel informe l'aménageur qu'il ne peut plus l'accompagner dans la procédure de morcellement et de vente des lots.
Le notaire y indique que les 346 hectares invoqués par Sophia Immobilier ne seraient plus la propriété de cette société, ayant déjà été cédés à deux grandes institutions nationales, la Caisse générale de retraite des agents de l'État (CGRAE) et la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). « Au vu de tout ce qui précède, je vous ai informé que votre contrat avec la société Sophia n'a pas d'objet. Votre co-contractant n'est propriétaire d'aucune parcelle », écrit le notaire dans ce document.
Soumahoro Mory dénonce un « contrat de dupe »
C'est sur le site litigieux d'Anyama 4 Croix que Soumahoro Mory a choisi de tenir sa conférence de presse, jeudi 10 septembre 2026, documents administratifs à l'appui. Le responsable de l'ESTP affirme s'être retrouvé piégé par un « contrat de dupe » et évoque un abus de confiance de la part de son partenaire.

Selon lui, sa structure aurait injecté des fonds importants pour la réalisation des infrastructures techniques du site, et ferait aujourd'hui l'objet de pressions de la part de partenaires tiers et d'investisseurs réclamant le remboursement de leurs mises. Soumahoro Mory chiffre son préjudice à 1,7 milliard de FCFA, correspondant à l'ensemble des investissements et des travaux de commercialisation engagés, et affirme sa détermination à porter l'affaire devant la justice pour obtenir réparation.
La veille, mercredi 9 septembre à Cocody, Touré Ahmed Boua avait pris les devants en réunissant lui aussi la presse pour contester point par point les accusations portées contre lui. Le patron de Sophia Immobilier a produit des éléments qu'il présente comme des preuves de sa bonne foi.
Il balaie l'argument de son accusateur selon lequel il aurait fourni de faux documents, affirmant au contraire que Soumahoro Mory aurait été à plusieurs reprises rappelé, pendant l'exécution des travaux, à la nécessité de respecter la délimitation prévue par leur contrat. Touré Ahmed Boua soutient par ailleurs que l'ensemble foncier qu'il revendique procède d'une concession qui lui a été accordée par l'État de Côte d'Ivoire, dans le cadre du projet d'aménagement « Akwaba City ».

À ce stade, aucune décision de justice n'a été rendue sur ce dossier, et les deux parties maintiennent des versions contradictoires sur la propriété effective des terrains et la responsabilité de l'échec du partenariat. Soumahoro Mory a annoncé son intention de saisir les tribunaux pour obtenir le remboursement de son préjudice, tandis que Touré Ahmed Boua conteste toute faute de sa part.
L'affaire, qui mêle question foncière, institutions publiques (CGRAE, CNPS) et projet immobilier d'envergure, devrait connaître de nouveaux développements dans les prochaines semaines.
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