TUNISIE : UNE VICTOIRE HISTORIQUE CONTRE LE TRACHOME, MODÈLE POUR LE CONTINENT
L'Organisation mondiale de la santé a certifié l'élimination du trachome comme problème de santé publique en Tunisie. Une réussite qui éclaire les défis sanitaires de l'Afrique entière.

Abidjan, lundi 18 mai 2026
L'annonce est passée presque inaperçue dans le tumulte de l'actualité internationale. Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé jeudi 14 mai 2026 que la Tunisie a réussi à éliminer le trachome, également connu sous le nom d'ophtalmie granuleuse, en tant que problème de santé publique. Le pays maghrébin rejoint ainsi une liste encore restreinte d'États qui ont vaincu cette maladie infectieuse autrefois redoutée — première cause infectieuse de cécité dans le monde.
Le trachome est une infection bactérienne de l'œil, provoquée par Chlamydia trachomatis, qui se transmet par contact direct ou par l'intermédiaire de mouches attirées par les sécrétions oculaires. Sans traitement, les infections répétées entraînent un retournement progressif des cils vers la cornée, des cicatrices, et finalement la cécité. La maladie frappe historiquement les populations vivant dans des conditions sanitaires précaires, avec un accès limité à l'eau propre. Selon l'OMS, le trachome reste un problème de santé publique dans une trentaine de pays, dont une grande partie située en Afrique subsaharienne et au Sahel.
La réussite tunisienne, sur le plan technique, repose sur la stratégie « SAFE » promue par l'OMS depuis les années 2000 : chirurgie pour les cas avancés (Surgery), antibiotiques pour traiter l'infection (Antibiotics), nettoyage du visage (Facial cleanliness) et amélioration de l'environnement (Environmental improvement). Combinée à un investissement de long terme dans l'accès à l'eau potable et l'assainissement, cette approche a permis à la Tunisie de faire reculer méthodiquement la maladie pendant plus de deux décennies. C'est aussi une victoire de la médecine de santé publique sur la médecine curative — autrement dit, de la prévention sur le traitement.
L'enseignement pour le reste du continent est double. D'abord, la lutte contre le trachome — comme contre l'onchocercose, la maladie du sommeil ou la dracunculose — montre qu'il est possible d'éradiquer des pathologies endémiques pourvu que l'État, la coopération internationale et les communautés locales travaillent dans la durée. Le Maroc, premier pays africain à avoir éliminé le trachome en 2016, et désormais la Tunisie, prouvent que le Maghreb peut servir de modèle aux régions sahéliennes et subsahariennes où la maladie reste préoccupante — au Mali, au Niger, au Tchad, au Soudan, en Éthiopie.
Le second enseignement est plus politique. Dans un continent où l'attention médiatique est captée par les crises sécuritaires, les soubresauts électoraux ou les choc géopolitiques, les progrès silencieux de la santé publique restent l'un des terrains où l'efficacité de l'action publique est la plus mesurable. Combien d'enfants sauvés de la cécité par décennie d'effort ? Combien de communautés rurales désormais à l'abri d'une maladie autrefois banale ? Les chiffres existent, ils sont impressionnants — mais ils ne font pas la une.
Pendant ce temps, en République démocratique du Congo, les services sanitaires sont en alerte face à la résurgence d'Ebola. La géographie sanitaire africaine est ainsi : des victoires durement gagnées au Maghreb, des combats permanents au Sahel et en Afrique centrale. Mais le succès tunisien rappelle que l'horizon n'est pas fermé. Quand un pays s'organise, quand les politiques publiques s'inscrivent dans la durée, l'Afrique gagne.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
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