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POUTINE À PÉKIN : XI JINPING REÇOIT LE MAÎTRE DU KREMLIN SOUS L'ŒIL DU MONDE ENTIER

Le président russe est arrivé hier soir dans la capitale chinoise pour deux jours d'entretiens avec son homologue chinois. Une visite d'État dont la déclaration finale, attendue demain, sera scrutée par toutes les chancelleries.

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POUTINE À PÉKIN : XI JINPING REÇOIT LE MAÎTRE DU KREMLIN SOUS L'ŒIL DU MONDE ENTIER

Abidjan, mardi 19 mai 2026

L'avion présidentiel s'est posé hier soir à l'aéroport international de Pékin-Capitale. Vladimir Poutine, accueilli par une délégation conduite par le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, a entamé sa visite d'État de deux jours en Chine populaire, à l'invitation du président Xi Jinping. La séquence d'aujourd'hui s'annonce dense : entretien en tête-à-tête au Palais de l'Assemblée du peuple en début de matinée, élargissement aux délégations dans l'après-midi, dîner d'État en soirée. La signature de la déclaration conjointe est, elle, programmée pour demain mercredi 20 mai à la mi-journée, heure de Pékin.

L'agenda officiel énumère sept dossiers majeurs : sécurité régionale, dossier ukrainien, dossier iranien et stabilité du détroit d'Ormuz, coopération énergétique, élargissement du système de paiement chinois CIPS aux échanges entre BRICS+, gouvernance multilatérale, et préparation du sommet des BRICS de juillet à Johannesburg. C'est sur le second et le quatrième point — Ukraine et coopération énergétique — que les attentes sont les plus aiguës. Moscou aimerait obtenir de Pékin un signal plus ferme en faveur du règlement diplomatique du conflit ukrainien, sur lequel les négociations sous médiation américaine sont à l'arrêt depuis février. Pékin, traditionnellement plus prudente, se contentera sans doute d'appels à la « retenue de toutes les parties ».

L'arrière-plan russe pèse sur la rencontre, et il ne joue pas en faveur de Vladimir Poutine. L'économie russe traverse sa phase la plus délicate depuis le début de la guerre en Ukraine. Le PIB n'a progressé que de 1,4 % au premier trimestre 2026, contre 4,5 % au quatrième trimestre 2024. Les dépenses militaires et de sécurité absorberont 40 % du budget total cette année — le plus haut niveau depuis l'effondrement de l'Union soviétique. Le rouble, ramené sous tension par la baisse des recettes pétrolières et les sanctions occidentales accumulées depuis 2022, se négocie autour de 95 unités pour un dollar. Face à cette situation, Moscou a besoin de Pékin pour maintenir ses exportations énergétiques vers l'Asie, accéder aux composants technologiques sous embargo occidental, et financer ses opérations.

Côté chinois, le calcul est plus subtil. Xi Jinping a reçu Donald Trump les 14 et 15 mai, et a évoqué publiquement une « relation de stabilité stratégique constructive » avec Washington. Recevoir Vladimir Poutine cinq jours plus tard pourrait laisser penser à un retour de balancier. La diplomatie chinoise n'aime cependant pas l'alignement. Pékin gère sa rivalité avec Washington comme elle gère son amitié avec Moscou : avec mesure, sans rompre, sans s'enchaîner. Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, l'avait reconnu vendredi à demi-mots depuis New Delhi en rappelant que la relation Moscou-Pékin reste « plus profonde et plus solide que les alliances politiques et militaires traditionnelles ». Le besoin de le dire trahissait une inquiétude — légitime au regard du calendrier.

Pour les chancelleries africaines, deux points retiendront l'attention demain. D'abord, la question du système financier alternatif au dollar. L'extension du système chinois de paiement CIPS aux échanges entre BRICS+ est une demande russe ancienne, jusqu'ici contournée par Pékin. Si la déclaration y consent — fût-ce dans des termes prudents — c'est un changement de phase. Ensuite, la question de la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies. Depuis le sommet des BRICS d'octobre 2024 à Kazan, plusieurs pays africains attendent un soutien clair à un siège permanent africain. Une formulation explicite dans la déclaration conjointe Pékin-Moscou ferait jurisprudence dans l'architecture diplomatique mondiale.

La séquence ne s'arrête pas demain. Du 28 au 31 mai, c'est l'Inde qui prendra la main avec le 4ᵉ Sommet du Forum Inde-Afrique (IAFS-IV), réunissant à New Delhi les dirigeants de plus d'une cinquantaine d'États africains. Ce calendrier serré — Trump-Xi, puis Xi-Poutine, puis Modi-Afrique — n'est pas le fruit du hasard. Le monde post-occidental cherche ses équilibres. L'Afrique, désormais, n'en est plus seulement le spectateur.

Rédaction Akondanews.net — Abidjan

Tags :InternationalGéopolitique

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