Accueil/Afrique/Odienné : Ibrahim Diaby et l'ONG L'Œil d'Odienné lancent un dispositif innovant pour assainir la filière attiéké à Kamatela
Afrique

Odienné : Ibrahim Diaby et l'ONG L'Œil d'Odienné lancent un dispositif innovant pour assainir la filière attiéké à Kamatela

L'ONG L'Œil d'Odienné a lancé ce vendredi 17 juillet 2026, dans le quartier Kamatela à Odienné, un projet pilote d'assainissement de la chaîne de production de l'attiéké à travers l'installation d'un système artisanal de drainage et de filtration des eaux issues du pressage du manioc. Cette initiative vise à limiter les impacts environnementaux liés à cette activité tout en valorisant ces résidus en fertilisants biologiques.

Serge Kpan3 min de lecture
Partager :
Odienné : Ibrahim Diaby et l'ONG L'Œil d'Odienné lancent un dispositif innovant pour assainir la filière attiéké à Kamatela

Réalisée dans le cadre de la phase pratique du programme national « Jeune Responsable et Engagé » (JRE), l'activité réunit les populations, les autorités administratives, les partenaires techniques ainsi que des organisations de jeunesse autour d'une solution locale destinée à répondre aux défis sanitaires et environnementaux observés dans ce quartier où la transformation du manioc constitue une importante source de revenus.

Selon le président de l'ONG L'Œil d'Odienné, Diaby Ibrahim Kalil, le projet est né à la suite d'une formation en ligne organisée dans le cadre du programme JRE. Les organisations participantes avaient pour mission d'identifier une problématique locale et d'y apporter une réponse concrète.

« À l'issue de cette formation, il nous a été demandé d'identifier une problématique environnementale dans notre zone d'intervention afin de proposer une solution. Nous avons alors ciblé le quartier Kamatela, où l'activité de transformation du manioc en attiéké est très développée », a-t-il expliqué.

Le responsable associatif a indiqué que près de 500 à 600 familles vivent de cette activité dans le quartier, mais que les eaux de pressage du manioc, souvent rejetées directement dans la nature, provoquent une dégradation du cadre de vie, favorisent la stagnation des eaux et créent des nuisances pour les populations.

Pour répondre à cette situation, l'ONG a travaillé avec les services de l'Agence nationale d'appui au développement rural (ANADER) afin de mettre au point un système de drainage et de filtration utilisant des matériaux disponibles localement, notamment des pierres, du sable et du charbon de bois.

« Les échanges ont montré qu'il est possible de valoriser ces eaux de pressage en les transformant notamment en herbicides, en pesticides naturels et même en engrais », a souligné M. Diaby, estimant que cette démarche constitue une illustration concrète des principes de l'économie circulaire.

Prenant la parole au nom de l'ONG EDSPEF, Koné Mariam épouse Kanté, également vice-présidente de l'ONG L'Œil d'Odienné, a replacé cette initiative dans les objectifs du programme JRE, mis en œuvre par l'Alliance Jeunesse Côte d'Ivoire (AJCI) sous l'égide du ministère de la Promotion de la Jeunesse, avec l'appui de plusieurs partenaires institutionnels.

Elle a rappelé que le projet ambitionne de concilier protection de l'environnement, insertion des jeunes et autonomisation des femmes.

« Aujourd'hui, nous passons de la théorie à l'action. Grâce à l'ingénierie et à la mobilisation des jeunes, nous inaugurons notre dispositif artisanal et innovant de drainage des eaux de presse de manioc. Ces résidus, autrefois polluants, seront désormais récupérés et transformés en compost et fertilisant organique de haute qualité », a-t-elle déclaré.

Pour Mme Koné, cette approche illustre la nécessité de promouvoir une agriculture davantage tournée vers les pratiques durables.

« En valorisant les résidus de manioc pour enrichir naturellement nos terres, nous démontrons qu'une gestion intelligente des ressources locales peut contribuer à préserver l'environnement tout en créant des opportunités économiques pour les jeunes et les femmes », a-t-elle ajouté.

Représentant le préfet de la région du Kabadougou, préfet du département d'Odienné, Babacar Ka a salué une initiative qui, selon lui, apporte une réponse concrète aux préoccupations des populations.

« L'administration encourage toutes les initiatives communautaires qui apportent des solutions durables aux défis environnementaux. Ce projet démontre que l'innovation locale, portée par la jeunesse et les organisations de la société civile, peut contribuer efficacement à améliorer le cadre de vie des populations. Nous resterons aux côtés des acteurs engagés dans cette dynamique », a-t-il déclaré.

Au-delà de l'installation du système pilote, le projet prévoit la sensibilisation des groupements de femmes transformatrices d'attiéké aux bonnes pratiques environnementales, ainsi que la collecte de données destinées à alimenter un Livre blanc des organisations de la société civile. Ce document devrait formuler des recommandations en faveur de la création de zones de transformation plus saines dans la commune d'Odienné.

À travers cette expérimentation, l'ONG L'Œil d'Odienné entend démontrer que des solutions techniques simples, accessibles et peu coûteuses peuvent contribuer à améliorer les conditions de production, préserver l'environnement et renforcer la résilience économique des communautés locales. Si les résultats du projet pilote sont concluants, cette approche pourrait être reproduite dans d'autres localités confrontées aux mêmes enjeux environnementaux.

Tags :AfriqueSociété

Commentaires (0)