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LOMÉ, BIASHARA AFRIKA : LA ZLECAF CHERCHE SES PREMIERS RÉSULTATS CONCRETS

La 3ᵉ édition du forum panafricain du commerce et de l'investissement intra-africains s'ouvre aujourd'hui dans la capitale togolaise. Près de 1 000 participants, plusieurs chefs d'État, et une question lancinante : la ZLECAf produira-t-elle enfin ses promesses ?

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LOMÉ, BIASHARA AFRIKA : LA ZLECAF CHERCHE SES PREMIERS RÉSULTATS CONCRETS

Abidjan, mardi 19 mai 2026

Lomé devient, pour trois jours, la capitale économique du continent africain. La 3ᵉ édition de Biashara Afrika — « commerce » en swahili — s'ouvre ce mardi 19 mai dans la capitale togolaise, sous le patronage du président du Conseil Faure Gnassingbé. Co-organisée par le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et le gouvernement togolais, la rencontre réunit jusqu'au 20 mai près de 1 000 participants : chefs d'État, ministres du commerce, opérateurs économiques, banquiers et représentants du secteur privé continental. Le format est inédit pour Lomé, qui s'affirme depuis trois ans comme un pôle régional de la logistique et des services portuaires, grâce notamment au développement accéléré du terminal à conteneurs du Port autonome.

Le constat de départ, rappelé en ouverture par le secrétaire général de la ZLECAf Wamkele Mene, reste préoccupant. Le commerce intra-africain ne représente toujours qu'environ 15 % des échanges commerciaux totaux du continent, contre 60 % en Asie et 70 % en Europe. La ZLECAf, opérationnelle depuis janvier 2021, ambitionne de faire passer cette part à 35 % d'ici 2030. Cinq années de mise en œuvre, et le bilan reste modeste : moins de 50 % des États ont réellement déposé leurs offres tarifaires définitives, les barrières non tarifaires (normes, certifications, contrôles douaniers redondants) continuent de freiner la fluidité des échanges, et le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), pourtant lancé dès 2022, peine à atteindre la masse critique d'opérations.

Biashara Afrika 2026 entend précisément accélérer sur trois fronts. Premier front : la finance commerciale. Plus de 12 milliards de dollars de promesses d'investissements sont attendues sur les trois jours, portées notamment par Afreximbank, la Banque africaine de développement (BAD) et plusieurs fonds souverains des États du Golfe désormais actifs sur le continent. Deuxième front : la logistique régionale. Plusieurs accords portuaires et corridors routiers seront signés, y compris un mémorandum entre les ports de Lomé, Lagos et Cotonou pour fluidifier le corridor Abidjan-Lagos, l'un des couloirs commerciaux les plus saturés d'Afrique. Troisième front : la numérisation des procédures douanières, sur le modèle du Single Window développé au Maroc et au Kenya.

L'enjeu togolais mérite une attention particulière. Faure Gnassingbé, à la tête du Togo sous diverses fonctions depuis 2005 et désormais président du Conseil après la réforme constitutionnelle de 2024, a fait de la diplomatie économique l'un des marqueurs de son repositionnement. En accueillant Biashara Afrika pour la première fois — après Kigali en 2024 et Le Caire en 2025 — Lomé entend se hisser au rang de plate-forme commerciale ouest-africaine, en concurrence directe avec Abidjan, Dakar et Accra. C'est aussi, pour le Togo, une occasion d'élargir son réseau diplomatique au-delà des partenariats traditionnels avec la France et les bailleurs occidentaux. La présence annoncée de délégations turque, émiratie, indienne et chinoise illustre ce repositionnement.

Le contexte continental joue, paradoxalement, en faveur de la ZLECAf. La hausse des cours du pétrole — Brent autour de 109 dollars — fragilise les économies importatrices, qui ont tout intérêt à diversifier leurs approvisionnements à l'intérieur du continent. Les tensions commerciales mondiales liées à la fragmentation post-occidentale poussent les États africains à réduire leur dépendance aux chaînes de valeur extérieures. Et le retrait des Émirats arabes unis de l'OPEP, en début d'année, recompose les rapports de force régionaux en faveur d'une coopération sud-sud renforcée. Tous ces facteurs ne suffiront pas. Mais ils créent une fenêtre d'opportunité que Lomé entend utiliser.

Reste, comme toujours, le sujet des mises en œuvre. Les promesses d'investissement annoncées dans les sommets africains ont historiquement été suivies, dans le meilleur des cas, par 30 à 40 % de réalisation effective dans les trois ans. Si Biashara Afrika fait mieux, ce sera un succès. Si non, ce sera encore une grand-messe sans lendemain. Le 4ᵉ sommet Inde-Afrique de New Delhi, qui s'ouvrira dans neuf jours, offrira un autre test grandeur nature — cette fois sur un autre partenariat. Le mois de mai 2026 aura été, pour la diplomatie économique africaine, un calendrier particulièrement chargé.

Rédaction Akondanews.net — Abidjan

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