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KENYA : L'INCENDIE DE GILGIL MET À NU LES FAILLES MORTELLES DES INTERNATS AFRICAINS

Seize lycéennes mortes, 79 blessées dans un dortoir en flammes. Ce drame au cœur des hautes terres kényanes n'est pas un accident isolé — c'est le symptôme d'une crise structurelle que les gouvernements africains ne peuvent plus ignorer.

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KENYA : L'INCENDIE DE GILGIL MET À NU LES FAILLES MORTELLES DES INTERNATS AFRICAINS

Elles avaient entre 14 et 18 ans. Elles dormaient dans un dortoir scolaire de la ville de Gilgil, dans la région de Nakuru, au cœur des hautes terres du Kenya, quand l'incendie a éclaté. En quelques minutes, les flammes ont dévoré le bâtiment. Seize d'entre elles ne se sont pas réveillées. Soixante-dix-neuf autres ont été hospitalisées, certaines dans un état grave. Le Kenya pleure. Mais au-delà du deuil, c'est une question brutale qui s'impose : pourquoi ces drames continuent-ils de se répéter dans les internats africains, année après année, pays après pays ?

Ce n'est pas la première fois que la tragédie frappe les pensionnats kényans. En 2001, un incendie au lycée de Kyanguli avait coûté la vie à 67 élèves. En 2012, d'autres incidents similaires avaient été enregistrés. À chaque fois, les mêmes promesses de réformes, les mêmes commissions d'enquête, les mêmes rapports remis puis oubliés dans des tiroirs ministériels. Et à chaque fois, les mêmes causes profondes : des bâtiments vétustes construits sans respect des normes incendie, des issues de secours inexistantes ou condamnées, des extincteurs absents ou hors service, et un personnel insuffisamment formé aux procédures d'urgence.

À Gilgil, les premières constatations des enquêteurs pointent vers des défaillances que les autorités auraient pu et dû corriger. Le dortoir incriminé ne disposait apparemment pas de sorties de secours conformes aux standards de sécurité. Les matériaux de construction, anciens et inflammables, ont contribué à la propagation rapide du feu. Les élèves, surprises dans leur sommeil, n'ont pas eu le temps de réagir.

Ce drame touche une corde particulièrement sensible dans les sociétés africaines, où l'internat représente souvent l'unique voie d'accès à une éducation secondaire de qualité pour les enfants des zones rurales. Des millions de familles à travers le continent confient leurs filles et leurs fils à des établissements qui promettent un cadre d'apprentissage sécurisé. La réalité, trop souvent, est tout autre. Les budgets publics alloués à la maintenance des infrastructures scolaires restent insuffisants dans la plupart des pays africains. Les inspections de sécurité sont rares, irrégulières ou contournées par des pratiques corruptives.

La dimension genrée du drame de Gilgil mérite également d'être soulignée. Ce sont des filles qui ont péri, dans un pays où la scolarisation des filles a pourtant connu des progrès significatifs au cours des deux dernières décennies. Ces progrès sont réels, ils sont précieux — et ils sont menacés chaque fois qu'un incident aussi catastrophique se produit. Des familles, déjà réticentes à envoyer leurs filles loin du foyer, pourraient désormais reconsidérer leur décision. Ce serait un recul dramatique pour l'éducation des filles en Afrique de l'Est.

Le gouvernement kényan a annoncé l'ouverture d'une enquête et la suspension immédiate du directeur de l'établissement. Ces mesures sont nécessaires, mais insuffisantes. Ce qu'il faut, c'est un audit national, urgent et contraignant, de toutes les infrastructures d'internat au Kenya — et, par extension, dans l'ensemble des pays africains qui partagent des réalités similaires. Ce qu'il faut, c'est un financement dédié et tracé pour la mise aux normes des bâtiments scolaires. Ce qu'il faut, c'est une volonté politique qui survive au cycle médiatique.

Seize familles kényanes vont enterrer leurs filles cette semaine. Elles méritent mieux que des condoléances officielles. Elles méritent que leur deuil soit le dernier du genre.

R.Loumoo Akondanews.net — Kinshasa

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