Accueil/Economie/BRENT À 109 DOLLARS, EAU HORS DE L'OPEP : LE NOUVEAU CHOC PÉTROLIER REDESSINE L'AFRIQUE
Economie

BRENT À 109 DOLLARS, EAU HORS DE L'OPEP : LE NOUVEAU CHOC PÉTROLIER REDESSINE L'AFRIQUE

Onze semaines après la fermeture du détroit d'Ormuz, le marché pétrolier mondial s'installe dans une crise structurelle. Pour les économies africaines, le choc est à double tranchant.

3 min de lecture
Partager :
BRENT À 109 DOLLARS, EAU HORS DE L'OPEP : LE NOUVEAU CHOC PÉTROLIER REDESSINE L'AFRIQUE

Abidjan, lundi 18 mai 2026

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le Brent évolue ce lundi matin autour de 109 dollars le baril, en hausse de près de 70 % depuis le début de l'année. La paralysie du détroit d'Ormuz, conséquence directe de la guerre entre l'Iran, les États-Unis et Israël déclenchée en février, a effacé en quelques semaines la stabilité tarifaire qui caractérisait le marché en 2025. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a averti que le marché pétrolier pourrait rester « gravement sous-approvisionné jusqu'en octobre » même si les combats cessaient demain. Les flux de brut transitant par le détroit ont chuté d'environ quatre millions de barils par jour en mars et avril.

À ce choc géopolitique s'ajoute un séisme institutionnel : le retrait des Émirats arabes unis de l'OPEP, officialisé en début d'année. Libérés du système de quotas, les Émirats entendent désormais maximiser leur production pour rentabiliser leurs investissements récents. Pour le cartel pétrolier, c'est un coup dur — et pour les producteurs africains, c'est une donnée nouvelle. La discipline OPEP+ qui avait porté les cours en 2023-2024 ne fonctionne plus aux mêmes conditions. Les analystes de Goldman Sachs anticipent désormais une volatilité prolongée, avec un baril qui pourrait évoluer dans une fourchette large de 100 à 130 dollars selon l'évolution du conflit iranien.

Pour le continent africain, la situation crée une géographie de gagnants et de perdants. Du côté des gagnants, les producteurs : Nigeria, Angola, Algérie, Libye, Gabon, Congo, Guinée équatoriale voient leurs recettes bondir mécaniquement. L'Angola, qui accueillera l'Africa Financial Summit en novembre prochain à Luanda — première édition du sommet en Afrique australe et dans l'espace lusophone —, est particulièrement bien placé pour transformer cette manne en levier stratégique. L'Algérie, déjà gros fournisseur de gaz à l'Europe depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, voit sa rente énergétique consolidée.

Du côté des perdants, l'écrasante majorité des pays importateurs nets : Sénégal, Côte d'Ivoire, Maroc, Kenya, Éthiopie, Afrique du Sud. Pour ces économies, la facture énergétique se traduit en hausse des prix à la pompe, en pression inflationniste sur les denrées de base, en tensions sur les budgets de subvention aux carburants. Le Maroc et l'Égypte, qui ont longtemps subventionné les hydrocarbures, doivent arbitrer entre la paix sociale et la discipline budgétaire. Le Sénégal de Bassirou Diomaye Faye, qui produit certes du brut depuis l'entrée en exploitation du champ Sangomar, importe encore l'essentiel des carburants raffinés qu'il consomme.

Une troisième catégorie mérite l'attention : les pays africains producteurs émergents. Le Sénégal, le Niger, le Mozambique ou l'Ouganda voient leurs projets devenir économiquement plus rentables — mais l'instabilité du marché complique aussi les décisions d'investissement de long terme. Comme le résume un cadre du secteur, « à 109 dollars le baril, tout le monde veut investir ; à 60 dollars, plus personne ne se souvient pourquoi il l'a fait. »

Le rendez-vous immédiat est commercial. Du 18 au 20 mai, Lomé accueille la 3ᵉ édition de Biashara Afrika, forum panafricain dédié au commerce et à l'investissement intra-africains, organisé par le secrétariat de la ZLECAf et le gouvernement togolais. Près de 1 000 participants y débattront, sous le patronage du président du Conseil Faure Gnassingbé, des moyens concrets de réduire la dépendance énergétique du continent à travers la coopération régionale. C'est, en filigrane, la seule réponse structurelle au choc pétrolier en cours.

Rédaction Akondanews.net — Abidjan

Tags :EconomieEnergie

Commentaires (0)