WADE Ă 100 ANS : LE SĂNĂGAL CĂLĂBRE UN SIĂCLE DE COMBAT, D'AMBITION ET DE CONTROVERSES
Né le 29 mai 1926, Abdoulaye Wade a traversé un siÚcle d'histoire africaine comme acteur, comme symbole et comme paradoxe. Un centenaire qui invite à relire l'Afrique politique dans toute sa complexité.

Il y a des existences qui ressemblent Ă des romans. Celle d'Abdoulaye Wade en est un â long, touffu, contradictoire, passionnant. Cent ans. Un siĂšcle exactement depuis que ce fils de la mĂ©dina dakaroise est venu au monde, le 29 mai 1926, dans un SĂ©nĂ©gal encore profondĂ©ment marquĂ© par l'empreinte coloniale française. Depuis ce jour, il aura tout connu : l'humiliation et la gloire, les geĂŽles et le palais, les dĂ©faites cuisantes et les victoires historiques. Il aura traversĂ© les indĂ©pendances, les dictatures douces, les alternances et les reculs dĂ©mocratiques. Et il sera toujours lĂ , centenaire, pour voir un continent qu'il a contribuĂ© Ă façonner continuer de chercher son chemin.
Wade n'est pas un homme simple. C'est le premier avertissement que l'on doit formuler avant de parler de lui. Le juriste brillant, formĂ© Ă l'universitĂ© de Grenoble et Ă la Sorbonne, a longtemps incarnĂ© l'opposition dĂ©mocratique au rĂ©gime d'Abdou Diouf avec une constance et une tĂ©nacitĂ© remarquables. Candidat malheureux aux prĂ©sidentielles de 1978, 1983, 1988, 1993, arrĂȘtĂ© Ă plusieurs reprises, emprisonnĂ©, il a refusĂ© de se laisser rĂ©duire au silence. Son combat a durĂ© vingt-six ans avant de porter ses fruits. En mars 2000, Ă 73 ans, il a battu Diouf au second tour de la prĂ©sidentielle sĂ©nĂ©galaise â rĂ©alisant la premiĂšre alternance par les urnes en Afrique francophone. C'est un moment historique, un jalon dans l'histoire dĂ©mocratique du continent, que les cĂ©lĂ©brations du centenaire devront honorer avec la gravitĂ© qu'il mĂ©rite.
Car Wade au pouvoir, de 2000 Ă 2012, a Ă©tĂ© une autre histoire. Celle d'un homme qui, ayant tant attendu, a parfois semblĂ© vouloir profiter trop vite, trop fort. Son bilan infrastructure est rĂ©el : le monument de la Renaissance africaine Ă Dakar â controversĂ© dans sa forme mais audacieux dans son ambition â, l'autoroute Ă pĂ©age, le grand théùtre national, le dĂ©veloppement de l'aĂ©roport LĂ©opold SĂ©dar Senghor, les routes rurales. Wade a construit, modernisĂ©, projetĂ© le SĂ©nĂ©gal dans une nouvelle image de lui-mĂȘme.
Mais son rĂšgne a aussi Ă©tĂ© marquĂ© par une dĂ©rive autoritaire progressive, des pratiques patrimoniales qui ont choquĂ© l'opinion, et surtout par la tentative controversĂ©e de modifier la constitution pour briguer un troisiĂšme mandat en 2012 â ce qui a dĂ©clenchĂ© le mouvement populaire Y'en a Marre et finalement conduit Ă sa dĂ©faite face Ă Macky Sall. Un homme qui avait consacrĂ© sa vie Ă combattre la confiscation du pouvoir avait failli succomber Ă la mĂȘme tentation. L'histoire africaine est pleine de ces paradoxes qui font mal.
Depuis lors, Wade vit entre la France et le SĂ©nĂ©gal, toujours prĂ©sent dans le dĂ©bat politique, toujours consultĂ©, toujours clivant. Son parti, le PDS, reste une force avec laquelle il faut compter, mĂȘme si la jeune gĂ©nĂ©ration sĂ©nĂ©galaise s'est en grande partie tournĂ©e vers d'autres figures. Son centenaire sera cĂ©lĂ©brĂ© officiellement les 4 et 5 juin Ă Dakar, avec un colloque scientifique sur son hĂ©ritage et une exposition publique retraçant son parcours.
Ce centenaire est aussi une occasion rare de méditer sur ce que signifie « faire de la politique » en Afrique. Wade a démontré qu'il était possible de tenir vingt-six ans dans l'opposition sans capituler. Il a démontré qu'il était possible de gagner par les urnes dans un systÚme qui ne voulait pas vous voir gagner. Et il a aussi démontré que le pouvoir, une fois obtenu, reste une épreuve redoutable pour ceux qui ont passé leur vie à le désirer.
Le SĂ©nĂ©gal d'aujourd'hui est diffĂ©rent de celui que Wade a quittĂ©. Bassirou Diomaye Faye, Ă©lu en 2024, incarne une rupture gĂ©nĂ©rationnelle qui rĂ©interroge les fondements du systĂšme politique sĂ©nĂ©galais. Mais la dĂ©mocratie sĂ©nĂ©galaise â imparfaite, vivante, bruyante â porte en elle quelque chose de l'Ă©nergie que Wade a contribuĂ© Ă libĂ©rer en 2000.
Cent ans. Un siĂšcle de SĂ©nĂ©gal, un siĂšcle d'Afrique, Ă travers le regard d'un homme qui n'a jamais cessĂ© de se battre. Qu'on l'aime ou qu'on le dĂ©teste, Abdoulaye Wade a existĂ© pleinement â et c'est dĂ©jĂ beaucoup.
RĂ©daction Akondanews.net â Abidjan
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