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ÉTHIOPIE APRÈS LE VOTE DU 1ER JUIN : ABIY AHMED CONSOLIDE SON POUVOIR PENDANT QUE LES PEUPLES DU TIGRÉ, DE L'AMHARA ET DE L'OROMIA ATTENDENT TOUJOURS JUSTICE

Quatre jours après les législatives du 1er juin 2026, les résultats officiels ne sont pas encore tombés — ils sont attendus pour le 11 juin. Mais le verdict politique ne fait aucun doute : Abiy Ahmed restera au pouvoir. Ce qui fait débat, c'est le prix que les peuples éthiopiens continuent de payer pour une stabilité de façade qui dissimule des blessures profondes et des injustices criantes.

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ÉTHIOPIE APRÈS LE VOTE DU 1ER JUIN : ABIY AHMED CONSOLIDE SON POUVOIR PENDANT QUE LES PEUPLES DU TIGRÉ, DE L'AMHARA ET DE L'OROMIA ATTENDENT TOUJOURS JUSTICE

Les résultats officiels des législatives éthiopiennes du 1er juin ne sont pas encore connus. La commission électorale nationale a annoncé leur publication pour le 11 juin. Mais dans les couloirs du pouvoir à Addis-Abeba comme dans les chancelleries occidentales qui observent sans vraiment voir, tout le monde sait déjà ce que ces résultats diront : Abiy Ahmed et son Parti de la prospérité auront remporté une victoire écrasante dans un scrutin dont la compétitivité n'a été qu'une fiction soigneusement entretenue.

Akondanews ne fait pas partie de ces médias qui habillent la réalité pour ne pas froisser les puissants. Alors disons-le clairement : ce qui s'est passé en Éthiopie le 1er juin 2026 n'est pas une élection au sens plein du terme. C'est une consultation organisée par le pouvoir, pour le pouvoir, dans les règles du pouvoir.

Un scrutin vidé de sa substance

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur 501 circonscriptions, le Parti de la prospérité d'Abiy Ahmed était le seul candidat en lice dans 64 d'entre elles. Le principal parti d'opposition, Ezema, n'a présenté des candidats que dans 293 circonscriptions — soit à peine 58 % des sièges en jeu. Dans plusieurs régions, des incidents sécuritaires ont empêché ou perturbé le déroulement normal du scrutin. Au Tigré, région de 6 millions d'habitants dévastée par une guerre civile qui a fait des centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022, aucune élection n'a eu lieu. Les tensions entre les autorités régionales et le gouvernement fédéral restent trop vives pour que la démocratie puisse s'y exercer normalement.

En Amhara, les milices nationalistes Fano — qui combattent les forces fédérales depuis plusieurs années dans une guerre oubliée des grands médias occidentaux — ont menacé de perturber le vote. La commission électorale a renoncé à organiser le scrutin dans huit circonscriptions de la région. Des millions d'Éthiopiens n'ont donc pas pu voter — non pas par manque d'intérêt, mais parce que leur région était trop dangereuse ou trop tendue pour accueillir un processus électoral crédible.

Abiy Ahmed, de l'espoir à la désillusion

L'histoire d'Abiy Ahmed est l'une des plus douloureuses de la politique africaine récente — non pas parce qu'il a échoué, mais parce qu'il avait suscité un espoir immense avant de le trahir. En 2018, cet homme arrive au pouvoir dans un pays étouffé par des décennies de régime du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE). Il libère des milliers de prisonniers politiques, lève l'interdiction sur des partis et médias d'opposition, engage des négociations de paix avec l'Érythrée voisine dans ce qui semblait être un tournant historique pour la Corne de l'Afrique. En 2019, le Prix Nobel de la paix lui est décerné. L'espoir est immense.

Puis vient la guerre du Tigré. En novembre 2020, Abiy Ahmed lance une offensive militaire contre la région du Tigré, dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), son ancien allié devenu rival. Ce conflit dévastateur durera deux ans et causera, selon les estimations les plus sérieuses, entre 300 000 et 500 000 morts — l'un des conflits les plus meurtriers du 21e siècle, quasi ignoré par les grandes chaînes d'information occidentales préoccupées par d'autres théâtres de guerre jugés plus stratégiques.

Aujourd'hui, malgré un accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022, les cicatrices du Tigré sont encore vives. Les déplacés n'ont pas tous regagné leurs foyers. Les criminels de guerre n'ont pas été jugés. Les responsabilités n'ont pas été établies. Et l'homme qui dirigeait le gouvernement pendant ces atrocités brigue un troisième mandat dans un scrutin que le monde entier valide en silence.

La question du deux poids deux mesures

C'est ici qu'Akondanews doit poser la question que beaucoup évitent : pourquoi le même Occident qui hurle au scandale démocratique quand un président africain pro-russe ou pro-chinois organise un scrutin imparfait reste-t-il si discret quand Abiy Ahmed — considéré comme un allié stratégique par Washington et Bruxelles — fait de même ?

La réponse est simple et brutale : ce n'est pas la démocratie qui intéresse les puissances occidentales en Afrique. C'est la stabilité de leurs intérêts géopolitiques et économiques. Un dirigeant autoritaire mais coopératif vaut mieux, à leurs yeux, qu'un dirigeant démocratique mais indépendant. Cette logique cynique, appliquée depuis des décennies sur le continent africain, est l'une des causes profondes de la crise démocratique que l'Afrique traverse aujourd'hui.

Les peuples du Tigré, de l'Amhara, de l'Oromia méritent la justice. Pas la justice à géométrie variable que dispensent ceux qui choisissent leurs causes selon leurs intérêts. Une vraie justice — universelle, impartiale, courageuse.

Le 11 juin, les résultats tomberont. Abiy Ahmed sera reconduit. Le monde applaudira poliment. Et les peuples éthiopiens continueront d'attendre ce que la politique internationale leur a si souvent promis et si rarement accordé : la dignité.

Rédaction Akondanews.net — Abidjan

Tags :AfriqueSociété

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