TERRES RARES : LA CHINE SERRE L'ÉTAU, MAIS L'AFRIQUE A AUSSI OUBLIÉ DE SE PROTÉGER
Le monde entier accuse Pékin de verrouiller les minerais stratégiques. Moins dite, cette autre vérité : le continent africain, qui possède 30 % des réserves mondiales, les cède depuis des décennies sans négocier ni transformer.

La guerre économique entre Pékin et Washington a franchi un nouveau palier. La Chine, qui contrôle près de 60 % de la production mondiale de terres rares et 87 % de leur transformation industrielle, a étendu son régime de restriction à l'exportation à douze éléments stratégiques, dont le dysprosium et le terbium — indispensables aux moteurs électriques, aux systèmes d'armement et à l'intelligence artificielle. En Europe, les prix de certains de ces minerais ont bondi de 150 % en quelques mois. À partir du 15 juin, de nouvelles règles permettront à Pékin de contrôler également le volume de production et de bloquer les investissements étrangers dans son secteur minier.
Face à cette offensive, l'indignation est mondiale. Mais une question gêne, que peu de chancelleries osent poser à voix haute : comment l'Afrique, qui détient plus de 30 % des minerais critiques de la planète — cobalt, lithium, manganèse, terres rares, graphite — a-t-elle pu laisser la situation en arriver là sans jamais peser dans ce rapport de force ?
La réponse est structurelle. Plus de 85 % du cobalt extrait en République démocratique du Congo est raffiné à l'étranger, dont près de 70 % en Chine. La plus grande réserve mondiale de lithium se trouve à Manono, dans le sud-est de la RDC — et c'est une entreprise sino-australienne qui en contrôle les droits d'exploitation. L'absence d'un modèle contractuel uniforme entre États africains a permis aux investisseurs étrangers d'imposer pendant des décennies des contrats miniers « clés en main », taillés à leur avantage, dans lesquels la transformation de la matière première — là où se crée la valeur — reste systématiquement hors du continent.
Quelques pays ont commencé à réagir. L'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe ont adopté des législations interdisant l'exportation de minerais bruts non transformés. Le Malawi s'apprête à lancer fin 2026 la mine de Kangankunde, première production significative de concentré de terres rares à vocation exportatrice. La Tanzanie prépare le site de Ngualla pour 2027. Des signaux encourageants — mais qui arrivent avec vingt ans de retard, et sans garantie que la transformation se fera sur le sol africain.
Pendant ce temps, Washington « ravale sa fierté », selon les propres mots de la presse africaine, pour sécuriser l'accès aux terres rares du Limpopo en Afrique du Sud. Bruxelles promet des « partenariats équilibrés ». Pékin, lui, ne promet rien : il est déjà là. L'Afrique possède les clés. La question est de savoir si elle construira enfin sa propre serrure.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
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