Accueil/Afrique/RDC : Théâtralisation du conflit entre la RDC et le Rwanda au Conseil de sécurité de l'ONU, par Me Didier Bitaki
Afrique

RDC : Théâtralisation du conflit entre la RDC et le Rwanda au Conseil de sécurité de l'ONU, par Me Didier Bitaki

S'exprimant sur la question du conflit entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, un sujet incontournable lors des rencontres des dirigeants et des participants aux forums du Conseil de sécurité des Nations unies, Me Didier Bitaki, acteur politique, est revenu sur le débat entre les représentants de la RDC et du Rwanda, qualifiant les échanges de « théâtralisation du conflit entre la RDC et le Rwanda au Conseil de sécurité de l'ONU ».

AKONDANEWS6 min de lecture
Partager :
RDC : Théâtralisation du conflit entre la RDC et le Rwanda au Conseil de sécurité de l'ONU, par Me Didier Bitaki

Lors de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur la sécurité internationale, le représentant du Rwanda a salué l'évolution du processus de résolution du conflit entre la RDC et le Rwanda, mais a insisté sur le fait que les FDLR seraient toujours très actifs dans les territoires de Rutshuru, Nyiragongo, Masisi et Walikale et qu'ils auraient dû être désarmés ou neutralisés depuis longtemps.

En réponse, le représentant de la RDC a recadré son homologue en déclarant que les Congolais n'aiment pas voir le sang couler, contrairement au Rwanda, et que le processus de désarmement était déjà en cours, ajoutant que rien ne justifiait encore la présence du Rwanda en RDC.

Retraçant l'histoire de ce conflit :

« La théâtralisation du conflit commence là, dans cet échange entre les deux ambassadeurs. Pourquoi ? Je m'explique :

De 1998 à 2004, le Rwanda a occupé la totalité des deux provinces du Kivu, la Province orientale, le Maniema, le Tanganyika et une grande partie du Kasaï oriental. Le prétexte était la recherche des ex-FAR et des Interahamwe soutenus par le gouvernement de Kinshasa, selon le dossier présenté par Kigali. Pendant ces quatre années d'occupation, avec des dommages incalculables pour la RDC, le Rwanda n'a réussi à neutraliser aucun ex-FAR ou Interahamwe, mais s'est plutôt lancé dans l'exploitation et la commercialisation des minerais (coltan et cassitérite) se trouvant dans les zones occupées, jusqu'à en devenir le premier producteur et exportateur mondial.

En 2004, le Rwanda a pris la décision de détruire Bukavu parce que, selon lui, les Interahamwe y exerçaient des activités commerciales. Par la suite, ce sont un pillage systématique, des viols massifs et des massacres de civils qu'il a perpétrés à Bukavu. Face à la destruction totale opérée par les troupes rwandaises, les Nations unies ont exigé leur retrait sans délai, ce qui fut fait.

En 2009, la RDC a ouvert toutes ses portes au Rwanda afin de neutraliser les FDLR dans le cadre de l'opération Umoja Wetu. Le Rwanda n'a pourtant arrêté ni neutralisé un seul élément des FDLR pendant six mois.

En 2022, Bertrand Bisimwa a pris le commandement du M23 et a relancé le débat sur l'identité du groupe armé qu'il dirige. Au départ, la revendication portait sur des problèmes d'exécution de l'accord du 23 mars 2009 signé avec le CNDP. Avec le temps, peu après la prise de contrôle total du territoire de Rutshuru par le M23, la revendication est devenue territoriale : "Nous nous battons pour notre survie parce que nous sommes discriminés". Par qui ? Personne ne sait y répondre jusqu'à ce jour.

À la prise de Kitchanga, en mars 2023, la revendication a évolué. Le Rwanda a pris la parole et a affirmé vouloir rétablir les frontières spoliées par les Belges qui, avec la complicité des Allemands, auraient annexé des terres rwandaises à la RDC et qu'il s'emploie à récupérer.

En 2024, les FDLR redeviennent la raison de l'intervention rwandaise en RDC et auraient comme quartiers généraux les villes de Goma et de Bukavu, aux côtés des FARDC.

Malgré l'adoption de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU basées sur différents rapports d'experts, résolutions exigeant le retrait du Rwanda de la RDC, le Rwanda n'a cessé d'avancer et de prendre des localités qu'il juge importantes pour sa survie économique.

Après le contrôle de Goma, de Bukavu et d'Uvira, le Rwanda a littéralement consolidé son emprise totale sur les territoires de Rutshuru, de Nyiragongo, de Masisi, de Kalehe et de Lubero. Comment alors expliquer la demande du Rwanda à la RDC de désarmer les FDLR en citant précisément les territoires où ils seraient très actifs (opérationnels), alors que ces derniers se trouvent dans des territoires entièrement ou presque sous contrôle du même Rwanda ?

Au lieu de désarmer les FDLR, le Rwanda avance vers Kisangani, vers le Maniema, vers Kalemie. Quel FDLR se trouve là-bas ?

La honte internationale qui couvre l'ensemble des pays membres des Nations unies est que ce minuscule État parvient à manipuler toutes ces puissances et à continuer de massacrer gratuitement des civils sous le faux prétexte de la lutte contre les FDLR, qui n'ont jamais attaqué une seule avenue de son territoire depuis 2003, soit depuis 23 ans, et qu'aucun État n'ose lever le doigt pour lui demander des comptes ni exiger expressément de cet État terroriste qu'il se retire systématiquement du territoire congolais. Une honte partagée. Un échec collectif qui doit interpeller.

Y a-t-il encore une raison d'être d'une mission des Nations unies en RDC ou même dans la région ? Car la MONUSCO, dotée de plus de 20 000 soldats, assiste impuissante au terrorisme rwandais en RDC et ne fait rien.

Les FDLR ne sont en réalité que les minerais congolais auxquels la RDC est sommée de permettre le libre accès au Rwanda, et rien de plus.

La solution serait de bloquer le marché des minerais étiquetés "produit rwandais" et d'imposer des sanctions strictes, y compris un embargo total sur l'achat et le transfert d'armes par le Rwanda. Ensuite, désarmer le Rwanda et en faire un État neutre et civil, pour assurer et garantir la paix internationale.

À défaut, c'est seulement à la RDC que revient la responsabilité d'assurer de manière autonome et efficace sa propre défense et celle de son territoire. Et pour y parvenir, la RDC doit, sans atermoiements, faire preuve de folie militaire en allant à l'assaut du Rwanda, où que ses troupes se trouvent, et les neutraliser, que ce soit en RDC ou au Rwanda. Le droit de défense face à une menace existentielle est l'un des droits les plus inaliénables reconnus à toute partie à un conflit à caractère international : terrasser la menace à sa source et la neutraliser. Or, le Rwanda constitue une menace existentielle pour la RDC.

Cet acteur et témoin du conflit dans la région des Grands Lacs interpelle les Nations unies : "Si la diplomatie ne peut plus mettre un terme à une guerre à travers la planète, il n'y a plus de raison d'être des Nations unies ou du Conseil de sécurité, d'où l'enclenchement de la barbarie. La RDC doit donc faire autant que les autres États en guerre pour survivre". »

Raphaël LUMOO

Akondanews.net

Tags :AfriqueSociété

Commentaires (0)