RDC : Kinshasa suspend les activités académiques à Goma et Bukavu
Alors que la population locale attendait des actions concrètes pour libérer la zone occupée par le groupe rebelle AFC/M23, qui contrôle les villes de Goma et Bukavu depuis le début de l’année passée, Kinshasa continue de prendre des décisions qui affectent les populations locales. La dernière en date est la suspension des activités académiques à Goma et Bukavu.

Selon deux décisions du ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, dont une copie est parvenue à la rédaction d’Akondanews.net, Kinshasa suspend toutes les activités académiques dans les établissements ci-après : UNIGOM, ISC-GOMA, ISTM-GOMA, ISTA-GOMA, ISP-GOMA, UOB, ISC-BUKAVU, ISTM-BUKAVU, ISP-BUKAVU, ISDR-BUKAVU et ISAM-BUKAVU.
Dans une autre décision, plus de 48 professeurs, chefs de travaux et assistants sont radiés de la liste de paie après avoir, selon le document, fait allégeance au groupe rebelle.
Suspendre les activités académiques à Goma et Bukavu n’est pas une simple décision administrative : c’est une mesure aux conséquences sociales, économiques et humaines extrêmement graves, qui risque de sacrifier toute une génération de jeunes Congolais au nom d’un conflit politique et militaire dont ils ne sont ni les auteurs ni les acteurs.
S’interrogeant sur la question, la rédaction d’Akondanews.net a recueilli le point de vue d’un acteur social de la région : « Les étudiants de Goma et de Bukavu sont-ils devenus des combattants ? Les professeurs sont-ils devenus des militaires ? Les familles civiles sont-elles responsables de la perte de contrôle de certains territoires par l’État ? Si la réponse est non, alors pourquoi faire payer aux populations civiles le prix d’un conflit armé et des échecs politiques et militaires de l’État ? »
Après avoir, il y a deux ans, pris la décision de fermer les banques dans les zones alors contrôlées par l’AFC/M23, voilà que le pouvoir de Kinshasa franchit un nouveau seuil en frappant directement l’éducation et l’avenir de milliers d’étudiants.
Dans le cadre de la conclusion du cessez-le-feu signé entre l’AFC/M23 et l’État congolais en Suisse, Kinshasa se serait engagé à ne plus poser d’actes susceptibles de provoquer une quelconque réaction des dirigeants des zones placées sous leur autorité de fait.
Le cessez-le-feu est global, c’est-à-dire qu’il s’étend à l’ensemble des domaines relevant de l’autorité étatique et entrant dans le cadre de l’exercice de la souveraineté de la RDC sur les territoires occupés. À partir du moment où le cessez-le-feu est entré en vigueur, il s’applique, mutatis mutandis, à l’ensemble des domaines de l’État. Y agir autrement pourrait être perçu comme une provocation par le camp adverse, qui pourrait s’en servir pour déclencher de nouvelles hostilités.
Il est urgent que Kinshasa mette fin à cette crise en s’attaquant aux causes profondes du conflit. Il doit privilégier les solutions politiques, diplomatiques et sécuritaires, tout en tenant compte de la protection des civils et en évitant de transformer les banques, les universités et les services essentiels en instruments de pression contre des populations déjà meurtries par des années de guerre.
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