Migrants expulsés vers la RDC : la nouvelle méthode américaine qui interroge
Par la rédaction Akondanews Décryptage
Ils pensaient être renvoyés vers leur pays d’origine. Ils ont finalement atterri à plusieurs milliers de kilomètres, en Afrique centrale. Selon plusieurs témoignages relayés ces derniers jours, des ressortissants latino-américains expulsés des États-Unis auraient été transférés en République démocratique du Congo, dans le cadre d’un dispositif migratoire controversé mis en place par Washington.

Parmi eux figureraient des citoyens de Colombie, d’Équateur et du Pérou. Certains affirment avoir passé plus d’une journée en transit, escortés et entravés, avant d’être déposés à Kinshasa, sans réelle visibilité sur leur situation administrative.
Le principe des pays tiers
Depuis plusieurs mois, les autorités américaines renforcent le recours aux expulsions vers des États tiers lorsque le pays d’origine du migrant refuse son retour, tarde à coopérer ou ne délivre pas les documents nécessaires.
Ce mécanisme permet de transférer les personnes concernées vers un autre État ayant accepté un accord avec Washington. Plusieurs pays africains seraient concernés, notamment le Ghana, le Cameroun, l’Ouganda, le Rwanda ou encore la République démocratique du Congo.
Une pratique vivement critiquée
Cette politique soulève de nombreuses réserves. Pour les défenseurs des droits humains, envoyer une personne dans un pays où elle n’a ni attaches familiales, ni langue commune, ni statut clair, revient à créer une nouvelle forme de précarité migratoire.
Les personnes concernées se retrouvent souvent sans repères, sans ressources immédiates et sans garantie sur leur avenir. Pour certaines, il s’agit même d’un premier contact avec le continent africain.
L’ONG Human Rights Watch estime que ces transferts pourraient contrevenir à plusieurs principes du droit international, notamment lorsque la sécurité, la dignité ou l’accès à une procédure équitable ne sont pas assurés.
La RDC face à une équation sensible
Pour République démocratique du Congo, l’accueil de personnes expulsées depuis les États-Unis pose également question. Le pays fait déjà face à d’importants défis économiques, sécuritaires et humanitaires. Dans ce contexte, la gestion de migrants n’ayant aucun lien direct avec le territoire risque d’alimenter le débat sur la souveraineté et les contreparties de tels accords.
Une tendance mondiale
Au-delà de ce cas précis, plusieurs puissances cherchent désormais à externaliser la gestion migratoire en s’appuyant sur des pays partenaires. Cette stratégie permet de durcir les expulsions tout en éloignant politiquement leurs conséquences.
Mais pour de nombreux observateurs, elle déplace surtout le problème sans le résoudre.
Ce qu’il faut retenir
L’affaire des migrants latino-américains envoyés à Kinshasa illustre un tournant des politiques migratoires contemporaines : celui d’un transfert croissant des responsabilités vers des pays tiers, souvent moins armés pour y faire face. Une évolution qui suscite déjà de vives interrogations sur le plan humain, juridique et diplomatique.
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