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GOLFE PERSIQUE EN FEU : ET SI L'AFRIQUE CESSAIT ENFIN D'IMPORTER CE QU'ELLE PRODUIT

Le détroit d'Ormuz est à nouveau au bord du gouffre. Derrière l'escalade militaire entre Washington et Téhéran, une vérité africaine que chaque crise pétrolière remet en lumière sans jamais déclencher de sursaut : le continent exporte son brut et importe ses carburants. Jusqu'à quand ?

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GOLFE PERSIQUE EN FEU : ET SI L'AFRIQUE CESSAIT ENFIN D'IMPORTER CE QU'ELLE PRODUIT

Il aura suffi de quelques heures pour que le fragile cessez-le-feu entre Washington et Téhéran vole en éclats. Des frappes américaines ont ciblé des installations radar iraniennes. L'Iran a répondu par des tirs de missiles et de drones en direction du Koweït et de Bahreïn. Le détroit d'Ormuz — cette langue d'eau de 33 kilomètres de large bordant les côtes iraniennes et omanaises, par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial — est redevenu l'épicentre d'une crise que les chancelleries mondiales redoutaient depuis des semaines.

La séquence actuelle plonge ses racines dans les événements du 28 février 2026, date des frappes conjointes américano-israéliennes contre l'Iran qui avaient coûté la vie au Guide suprême Ali Khamenei. La réaction de Téhéran avait été immédiate : attaques contre des navires commerciaux, injonction aux pétroliers de ne plus traverser le détroit, paralysie progressive du trafic maritime. En quelques semaines, le passage des tankers avait chuté de près de 70 %, plus de 150 navires s'ancrant en attente aux abords de la zone de conflit. Le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie avait alors qualifié la situation de « plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l'histoire ».

Face à l'ampleur de la crise, les États-Unis avaient lancé le 4 mai l'opération « Project Freedom » — destroyers, plus de 100 appareils aériens, 15 000 militaires déployés pour escorter les navires commerciaux dans le détroit. Une normalisation relative s'esquissait. Elle vient de prendre fin. La nouvelle escalade, déclenchée par l'échec des négociations secrètes sur le programme nucléaire iranien et des incidents maritimes répétés dans le Golfe, a remis les compteurs à zéro. Les primes d'assurance maritime ont de nouveau explosé. Les prix du brut sont repartis à la hausse sur les marchés internationaux.

L'Iran joue une carte risquée mais calculée. Sous la pression des sanctions et d'une économie étranglée, Téhéran cherche à démontrer son pouvoir de nuisance pour forcer Washington à reprendre les négociations depuis une position différente. Mais en frappant directement des installations militaires sur le sol de la République islamique, la riposte américaine a franchi un palier symbolique dont nul ne mesure encore toutes les conséquences. La question n'est plus de savoir si cette escalade aura des répercussions mondiales. Elles sont déjà là.

L'Afrique paie une facture qu'elle n'a pas à payer

Pour les économies africaines, la mécanique est cruelle et, surtout, répétitive. Les prix à la pompe ont grimpé dans plusieurs capitales du continent, entraînant dans leur sillage une hausse des coûts du transport, de l'alimentation et de l'électricité. Les pays importateurs, déjà sous pression budgétaire, voient leurs factures énergétiques s'envoler sous l'effet d'une crise qu'ils n'ont ni provoquée, ni les moyens de maîtriser.

Or l'Afrique est un continent producteur de pétrole. Le Nigeria, l'Angola, la Libye, l'Algérie, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale extraient chaque jour des millions de barils de brut. Et pourtant, le continent importe massivement ses propres carburants — raffinés à l'étranger, facturés en devises étrangères, acheminés sur des navires dont le passage dépend de la bonne volonté de puissances qui poursuivent leurs propres intérêts dans le Golfe Persique. C'est là le paradoxe structurel que chaque crise pétrolière mondiale révèle et que chaque dirigeant africain feint de découvrir avec surprise.

La question que ces dirigeants doivent se poser aujourd'hui — pas au prochain sommet de l'Union africaine, maintenant — est sans détour : jusqu'à quand l'Afrique continuera-t-elle à exporter son pétrole brut pour en importer les dérivés raffinés au prix fort, au gré des tensions dans le Golfe Persique, des sanctions américaines ou des décisions d'une OPEP qu'elle n'a jamais réellement su peser ? Construire des raffineries modernes sur le sol africain, mutualiser les capacités de transformation entre États voisins, former les ingénieurs et les techniciens locaux, négocier des accords régionaux de distribution : ce ne sont pas des projets d'avenir. Ce sont des urgences du présent que d'autres continents ont su traiter il y a cinquante ans. La raffinerie Dangote au Nigeria, inaugurée en 2024 et la plus grande d'Afrique, est un signal encourageant — mais une exception solitaire dans un continent de 54 États.

La crise du Golfe finira, comme les précédentes. Un accord sera trouvé, une trêve signée, les tankers reprendront la mer. Et si rien ne change, l'Afrique recommencera à importer ses propres carburants jusqu'à la prochaine crise. À moins que ses dirigeants décident, cette fois, que la leçon a assez duré.

Rédaction Akondanews.net — Abidjan

Tags :InternationalGéopolitique

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