Grands Lacs : La fermeture des frontières RDC-Ouganda depuis 4 mois et ses conséquences
L'arrêt des activités frontalières entre la République démocratique du Congo et l'Ouganda commence à peser sur l'économie régionale, avec des conséquences socio-économiques catastrophiques suite à la fermeture des frontières depuis 4 mois.

Les échanges commerciaux entre la RDC et l'Ouganda avoisineraient 1 milliard de dollars par an, dont 800 millions d'exportations de l'Ouganda vers la RDC. Avec cette fermeture, plusieurs biens de première nécessité sont devenus rares au Nord-Kivu et en Ituri, ce qui est à la base de l'accroissement des prix sur le marché.
Ici en Ouganda où nous nous trouvons aujourd'hui, l'impact est déjà visible. L'Uganda Bureau of Statistics (UBOS) confirme une inflation à 4,6% en septembre contre 4,1% en août, portée par une flambée du carburant de 30,9% pour l'essence et 42,5% pour le diesel sur un an, avec un shilling ougandais qui perd de sa valeur. Mais ce choc, l'Ouganda peut le supporter. Ce qui est insupportable, c'est le choc de l'autre côté.
Car au Nord-Kivu et en Ituri, cette fermeture est une autre forme de guerre économique qui s'ajoute à la première. Les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri souffrent déjà atrocement de la guerre, des massacres et des déplacements massifs de populations à Beni, Rutshuru et Masisi.
À cette souffrance sécuritaire et humanitaire s'ajoute une souffrance économique insoutenable due à la fermeture de la frontière. Kasindi, Bunagana, Butembo et Goma vivent du commerce transfrontalier. Aujourd'hui, les boutiques sont vides, les prix des produits de première nécessité ont explosé, les petits commerçants sont en faillite et les recettes de la province vont en pâtir. Cette mesure vient enfoncer le couteau dans la plaie d'une population désespérée.
Face à cette situation et en nous mettant à la place de cette population, nous invitons le gouvernement congolais à mener des démarches avec les pays voisins, dont l'Ouganda, pour évaluer en urgence la situation mais aussi concilier la sécurité sanitaire et la survie économique, et procéder à la réouverture progressive et sécurisée des frontières avec des mesures sanitaires renforcées, à travers un contrôle strict et un dépistage systématique, afin de laisser respirer nos deux économies et soulager nos populations.
Raphael LUMOO
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