EL NIÑO REVIENT : L'AFRIQUE EN PREMIÈRE LIGNE D'UNE CATASTROPHE CLIMATIQUE QUE L'OCCIDENT A CRÉÉE MAIS QUE NOS PEUPLES PAIENT SEULS
L'ONU confirme le retour d'El Niño avec 80 % de probabilité dès juin 2026. Sécheresses, famines, effondrements agricoles — le continent africain, qui n'a émis qu'une fraction infime des gaz à effet de serre responsables du dérèglement climatique mondial, paie une fois de plus la facture d'une crise qu'il n'a pas créée. Pendant ce temps, les promesses de financement climatique des pays riches restent lettre morte.

L'Afrique brûle. L'Afrique sèche. L'Afrique a faim. Et l'Afrique le fait seule — pendant que ceux qui ont industrialisé le monde depuis deux siècles, ceux qui ont déversé dans l'atmosphère la quasi-totalité des gaz à effet de serre accumulés depuis la révolution industrielle, continuent de tenir des sommets climatiques, de signer des accords et de ne pas les respecter.
L'Organisation météorologique mondiale vient de confirmer ce que les paysans du Sahel, les éleveurs de la Corne de l'Afrique et les agriculteurs d'Afrique australe savent déjà dans leur chair : El Niño revient. Avec une probabilité de 80 % entre juin et août 2026, ce phénomène climatique majeur va frapper le continent de plein fouet. Sécheresses sévères sur la Corne de l'Afrique et l'Afrique australe, précipitations inférieures à la normale sur une grande partie de l'Afrique de l'Est, chaleurs extrêmes au Maghreb — le tableau est aussi précis qu'il est accablant.
Au Sahel, 52 millions de personnes sont déjà en situation d'insécurité alimentaire aiguë — avant même qu'El Niño ait produit ses effets. 52 millions. Et ce chiffre ne tient pas compte des populations de l'Afrique australe, où le dernier épisode El Niño de 2023-2024 avait déjà fait perdre aux agriculteurs la moitié de leurs récoltes. Lors du prochain épisode, les experts prévoient des impacts encore plus sévères sur la sécurité alimentaire de millions de familles qui n'ont ni filets de sécurité ni assurances agricoles ni aide d'État suffisante.
Il faut dire la vérité sans détour : l'Afrique représente moins de 4 % des émissions mondiales de CO₂ depuis le début de l'ère industrielle. Quatre pour cent. Et pourtant, c'est le continent qui absorbe les conséquences les plus dévastatrices du dérèglement climatique mondial — pénuries d'eau, effondrements agricoles, migrations forcées, conflits pour les ressources. Cette injustice-là n'est pas une métaphore. C'est une réalité chiffrée, documentée, incontestable.
Les pays du Nord ont promis 100 milliards de dollars par an de financement climatique pour les nations en développement — une promesse faite en 2009 à Copenhague, jamais tenue. À la COP28 de Dubaï, à la COP29, les engagements ont été renouvelés, les discours ont été polis, les communiqués ont été longs. Et les chèques n'arrivent toujours pas. Ou ils arrivent sous forme de prêts qui alourdissent la dette des États africains plutôt que sous forme de dons qui reconnaissent la dette climatique historique des pays industrialisés envers le Sud global.
Face à cette réalité, plusieurs États africains ont choisi la voie de la souveraineté climatique : développement de l'énergie solaire à grande échelle, construction de barrages, diversification agricole, coopération Sud-Sud avec la Chine, la Russie et d'autres partenaires qui n'assortissent pas leur aide de conditions politiques. Ces choix sont souvent critiqués par les chancelleries occidentales. Mais ils sont légitimes. Un peuple qui veut survivre n'a pas à attendre la permission de ceux qui ont créé le problème pour chercher ses propres solutions.
L'Afrique ne demande pas la charité. Elle demande la justice. La justice climatique d'abord : que ceux qui ont pollué paient. La justice économique ensuite : que les mécanismes de financement international cessent de traiter le continent comme un marché à exploiter ou un problème à gérer. La justice souveraine enfin : que chaque État africain puisse choisir librement ses partenaires, ses modèles de développement et son chemin vers la prospérité — sans tutelle, sans conditionnalité, sans ingérence.
El Niño revient. L'Afrique sera frappée. Mais l'Afrique résiste, innove et construit. Et cette fois, elle ne taira plus les noms de ceux qui lui doivent des comptes.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
Commentaires (0)
Articles liés

Burkina Faso : des éléphants signalés sur plusieurs routes, le gouvernement appelle à la prudence

Côte d’Ivoire : la Coupe des Écoles Hôtelières consacre l’excellence et s’ouvre au monde

Sénégal : des députés saisissent le Conseil constitutionnel pour contester la réintégration d’Ousmane Sonko
