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Diesel : Washington menace l'Europe, puis rouvre la porte à Moscou

Entre pression sur Paris et Berlin et accord avec Vladimir Poutine, Donald Trump a enchaîné en dix jours deux décisions qui placent l'Europe dans une position inconfortable.

AKONDANEWS5 min de lecture
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Diesel : Washington menace l'Europe, puis rouvre la porte à Moscou

En moins de dix jours, Donald Trump a d'abord brandi la menace d'une interdiction des exportations américaines de diesel contre la France et l'Allemagne. Puis il a annoncé un accord avec Vladimir Poutine pour faire circuler du gazole russe sur le marché mondial. L'enchaînement alimente une question qui agite les capitales européennes : l'Europe est-elle devenue la variable d'ajustement d'une politique énergétique dictée par le calendrier électoral américain ?

Une menace calibrée sur Paris et Berlin

Tout commence fin septembre. Le 22, Trump se dit favorable à l'idée d'interdire les exportations de diesel américain, réclamée par plusieurs candidats républicains à l'approche des élections de mi-mandat du 3 novembre. Bruxelles réagit aussitôt : la Commission juge la piste « très mauvaise idée », y voyant un risque pour les deux rives de l'Atlantique.

Le 1er octobre, Reuters révèle que l'administration américaine a demandé à l'Allemagne et à la France de puiser dans leurs stocks d'urgence, faute de quoi elles s'exposeraient à une interdiction d'exportations américaines. Selon une source européenne, Washington attend de l'Union la mise sur le marché de 120 millions de barils sur six mois. Les deux pays détiennent à eux seuls plus du tiers des réserves stratégiques de diesel de l'UE, ce qui explique le ciblage. À l'Élysée, on précise que Emmanuel Macron et Donald Trump n'avaient pas évoqué le sujet lors de leur rencontre à New York.

L'enjeu dépasse la querelle diplomatique. L'Europe tire près de la moitié de son diesel des États-Unis, rappelle le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol, qui range le continent parmi les régions les plus exposées au monde. Pour Bruxelles, un arrêt des livraisons aurait des conséquences « très dramatiques », a averti le commissaire Maros Sefcovic.

Le recul tactique du 3 octobre (noir )

La pression retombe presque aussi vite qu'elle était montée. Le 3 octobre, Trump salue un prélèvement coordonné du G7 pouvant atteindre 100 millions de barils sur quatre mois et juge que l'Europe a « très bien fait » de puiser dans ses réserves. Aucune interdiction formelle n'a été imposée à ce jour. La menace aura servi de levier de négociation, obtenant des Européens un geste qu'ils hésitaient à accomplir.

Le virage russe du 9 octobre

Six jours plus tard, changement de décor. Après un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, Trump annonce que la Russie fournira plusieurs millions de tonnes de diesel au marché américain et mondial. Les montants rapportés dépassent les 4 millions de tonnes, la Maison Blanche avançant jusqu'à 4,8 millions, dont une partie dépendant de l'état des raffineries russes. Une première livraison d'environ 300 000 tonnes est évoquée pour octobre.

Pour rendre l'accord possible, le Trésor américain a publié la licence générale 135, qui autorise jusqu'au 7 avril 2027 la vente, la livraison et l'importation de diesel d'origine russe. C'est la première licence de cette durée sur le diesel depuis le début de la guerre en Ukraine.

Le contexte éclaire la manœuvre. La Russie interdit elle-même ses exportations de gazole depuis juillet, après les frappes ukrainiennes sur ses raffineries, et l'AIE estime que sa production a reculé d'environ 30 %. Aux États-Unis, la flambée des prix pèse sur la popularité du président. Pour la Maison Blanche, l'accord a un objectif : faire baisser la facture avant le scrutin.

Un effet limité, un coût politique réel

Sur le plan économique, les analystes sont sceptiques. À l'échelle d'une consommation mondiale proche de 115 millions de tonnes par mois, 300 000 tonnes sont une goutte d'eau. Le diesel étant coté sur un marché global, détourner des cargaisons ne crée pas d'offre nouvelle. L'impact attendu sur les prix à la pompe est donc modeste.

Sur le plan politique, le coût est plus élevé. Volodymyr Zelensky a dénoncé une décision « indigne », estimant qu'elle finance l'effort de guerre russe. Au Congrès, le sénateur démocrate Richard Blumenthal, cosignataire de la loi sur les sanctions, y voit un expédient destiné à atténuer les conséquences de la guerre en Iran.

L'Europe face à un double standard

Pour l'Union, la situation est paradoxale. L'UE et le Royaume-Uni interdisent les importations de produits pétroliers russes raffinés depuis février 2023, et le plafonnement à 100 dollars le baril reste en vigueur. Les entreprises européennes demeurent liées par ces règles, quel que soit l'assouplissement américain.

L'Europe se retrouve ainsi sommée de vider ses stocks sous la menace d'une coupure, tandis que Washington desserre l'étau sur Moscou. Parler d'Européens « dindons de la farce » relève de l'éditorial, et rien ne prouve une manœuvre concertée contre eux. Mais l'épisode révèle une vulnérabilité structurelle : tant que le continent dépend des États-Unis pour la moitié de son diesel, chaque inflexion de la politique intérieure américaine devient un risque énergétique pour lui.

Ce qu'il faut surveiller(noir)

- La réaction de Bruxelles à la licence américaine et son éventuel impact sur l'application des sanctions européennes.

- Les volumes réellement livrés et leurs destinations.

- L'évolution des prix du gazole avant le 3 novembre.

- La réouverture éventuelle du dossier des exportations américaines vers l'Europe après les élections.

La rédaction

Tags :InternationalGéopolitique

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