Côte d’Ivoire : Nadiany Bamba relance le débat sur l’ "union de la gauche" et appelle à assumer l’héritage Gbagbo
Le débat sur l’union de la gauche ivoirienne refait surface à la faveur d’une tribune de Nadiany Bamba, qui remet en question l’existence même d’une gauche structurée en Côte d’Ivoire et invite les acteurs politiques à clarifier leurs référents historiques.

Dans ce texte largement diffusé, l’ancienne journaliste affirme d’emblée que « la gauche ivoirienne n’existe pas comme on le pense », dénonçant un débat qu’elle juge souvent déconnecté des réalités sociopolitiques du pays. Elle explique avoir été interpellée par les critiques la désignant comme responsable de l’échec de l’union de la gauche, des accusations qu’elle relativise.
S’appuyant sur des références littéraires, notamment l’ouvrage Le danger d’une histoire unique de Chimamanda Ngozi Adichie, elle met en garde contre les lectures simplifiées de l’histoire politique. Citant également Chinua Achebe, elle insiste sur la nécessité « d’équilibrer les récits » pour éviter les stéréotypes et restaurer la complexité du débat public.
Revenant sur son engagement politique, elle rappelle être militante depuis 1999 du camp de Laurent Gbagbo, tout en précisant ne pas s’exprimer en tant qu’épouse, mais comme citoyenne et observatrice de la vie politique.
Au cœur de son argumentaire, Nadiany Bamba conteste la pertinence des notions classiques de gauche et de droite dans le contexte ivoirien. « En Côte d’Ivoire, il n’y a pas de gauche ni de droite au sens traditionnel du terme », affirme-t-elle, estimant que la politique nationale s’articule davantage autour de figures historiques que d’idéologies.
Elle identifie ainsi deux grandes références structurant l’imaginaire politique : Félix Houphouët-Boigny et Laurent Gbagbo. Selon elle, « les Ivoiriens ne se définissent pas par des doctrines, mais par leur appartenance à ces figures », résumée dans les interrogations populaires : « Es-tu Gbagbo ou Houphouët ? ».
La tribune revient également sur les fractures internes au Front populaire ivoirien (FPI) après la crise post-électorale de 2011, marquée par des divergences entre Pascal Affi N’Guessan et Aboudramane Sangaré. Pour l’auteure, ces divisions relèvent moins d’oppositions idéologiques que de questions de fidélité et de mémoire politique.
Elle évoque également ses échanges avec Ahoua Don Mello, présenté comme un défenseur de l’union de la gauche, pour illustrer les divergences d’approche sur cette question.
Selon Nadiany Bamba, l’appel à l’union masque en réalité une problématique plus profonde : celle de la reconnaissance du rôle central de Laurent Gbagbo dans ce courant politique. « Appeler à l’union sans définir ce qui nous rassemble réellement revient à construire sur du flou », soutient-elle.
Dans cette perspective, elle estime que la gauche ivoirienne, si elle existe, se confond avec l’héritage politique de l’ancien chef de l’État, qu’elle présente comme « la figure centrale » de cet espace. « Pour moi, celui qui incarne le socialisme, donc la gauche, c’est le président Laurent Gbagbo », écrit-elle.
En filigrane, la tribune invite les acteurs politiques à dépasser les slogans pour poser les bases d’un débat plus ancré dans les réalités historiques et sociales du pays. Elle souligne que « avant les idéologies, il y a les histoires » et que toute tentative de recomposition politique doit partir de cette reconnaissance.
À travers cette prise de position, Nadiany Bamba contribue à raviver une réflexion de fond sur les dynamiques politiques en Côte d'Ivoire, en questionnant les fondements mêmes des clivages traditionnels et les conditions d’une éventuelle recomposition des forces dites de gauche.
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