C'EST QUOI EL NIÑO ET POURQUOI ÇA NOUS CONCERNE DIRECTEMENT EN AFRIQUE ?
Vous en entendez parler partout depuis quelques jours. El Niño revient. Les experts s'alarment. Les gouvernements s'inquiètent. Mais qu'est-ce que c'est exactement ? Et pourquoi l'Afrique est-elle toujours la première à en payer le prix ? Akondanews vous explique tout en cinq minutes.

Vous avez lu notre article sur le retour d'El Niño et ses conséquences catastrophiques pour le continent africain. Plusieurs de nos lecteurs nous ont écrit pour nous poser la même question : « Mais c'est quoi exactement El Niño ? » C'est une excellente question — et la réponse mérite d'être donnée clairement, sans jargon scientifique inutile, pour que chacun comprenne ce qui se passe et pourquoi cela nous concerne tous directement.
El Niño, c'est quoi en termes simples ?
El Niño est un phénomène climatique naturel qui prend naissance dans l'océan Pacifique, mais dont les effets se font sentir sur toute la planète. En temps normal, des vents forts soufflent d'est en ouest sur le Pacifique équatorial, poussant les eaux chaudes de surface vers l'Asie et l'Australie. Pendant un épisode El Niño, ces vents s'affaiblissent ou s'inversent. Les eaux chaudes refluent vers l'est, vers les côtes de l'Amérique du Sud. La température de surface de l'océan Pacifique augmente de 0,5 à plusieurs degrés. Et cette anomalie thermique perturbe les systèmes météorologiques de la quasi-totalité de la planète.
Le nom El Niño — « l'Enfant » en espagnol, en référence à l'Enfant Jésus — a été donné par des pêcheurs péruviens qui observaient chaque année, aux alentours de Noël, un réchauffement inhabituel des eaux côtières qui faisait disparaître les poissons. Ce phénomène existait bien avant que la science ne le nomme. Mais depuis le 20e siècle, les scientifiques ont compris que ses effets dépassaient de loin les côtes du Pérou.
Pourquoi El Niño frappe-t-il si fort l'Afrique ?
La réponse courte : parce que l'Afrique dépend encore massivement des précipitations naturelles pour son agriculture, et qu'El Niño perturbe profondément les régimes de pluies sur l'ensemble du continent.
En Afrique de l'Est — Éthiopie, Kenya, Somalie, Ouganda, Tanzanie — El Niño provoque généralement des précipitations inférieures à la normale pendant la saison des pluies de juin à septembre. Moins de pluie signifie moins de récoltes. Moins de récoltes signifie moins de nourriture. Moins de nourriture signifie famine, malnutrition, migrations forcées et tensions sociales dans des régions déjà fragilisées par des décennies de conflits et de pauvreté structurelle.
En Afrique australe — Zimbabwe, Zambie, Mozambique, Malawi, Afrique du Sud — El Niño entraîne des sécheresses sévères qui dévastent les cultures de maïs, principale source alimentaire de millions de familles. Le dernier épisode El Niño de 2023-2024 avait déjà provoqué des pertes de récoltes de plus de 50 % dans certaines zones. Le prochain épisode risque d'être encore plus intense.
Au Sahel — Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Sénégal — El Niño vient s'ajouter à des conditions climatiques déjà extrêmes. Dans cette région, 52 millions de personnes souffrent déjà d'insécurité alimentaire aiguë avant même qu'El Niño n'ait produit ses effets. Ajoutez à cela des conflits armés, des déplacements massifs de populations et des États aux ressources limitées — et vous obtenez une bombe à retardement humanitaire.
Mais El Niño n'est-il pas un phénomène naturel ?
Oui — et c'est là où la conversation devient politique. El Niño existe depuis des millénaires. Ce phénomène est naturel. Mais ce qui n'est pas naturel, c'est son intensification progressive liée au réchauffement climatique d'origine humaine. Les scientifiques sont formels : un océan Pacifique plus chaud en raison des émissions de gaz à effet de serre produit des épisodes El Niño plus fréquents, plus intenses et plus dévastateurs.
Et qui a produit ces émissions ? Les pays industrialisés d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie, qui ont bâti leur prospérité sur deux siècles de combustion de charbon, de pétrole et de gaz naturel. L'Afrique, qui représente moins de 4 % des émissions historiques mondiales de CO₂, subit de plein fouet les conséquences d'une pollution qu'elle n'a pas créée. C'est cela, l'injustice climatique. Et ce n'est pas une opinion — c'est un fait scientifiquement établi.
Que peut faire l'Afrique concrètement ?
Face à El Niño, les réponses africaines existent — et elles méritent d'être soutenues plutôt que dictées de l'extérieur. L'irrigation agricole à grande échelle, qui permettrait de s'affranchir partiellement de la dépendance aux pluies. Les semences résistantes à la sécheresse, développées par des instituts de recherche africains comme le CGIAR ou l'IITA. Les systèmes d'alerte précoce aux sécheresses, que des pays comme l'Éthiopie et le Kenya ont commencé à déployer avec efficacité. Les énergies renouvelables — solaire et éolienne — qui permettent de réduire la dépendance aux importations d'hydrocarbures dont les prix explosent en période de crise climatique.
L'Afrique a les solutions. Ce qui lui manque, ce ne sont pas les idées — c'est le financement sans conditions, le respect de sa souveraineté dans ses choix de développement, et la reconnaissance de la dette climatique que le monde industrialisé lui doit.
El Niño revient. L'Afrique est prête à résister. Mais le monde doit enfin décider s'il est prêt à payer ce qu'il doit.
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Rédaction Akondanews.net — Abidjan
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