GUERRE D'IRAN, JOUR 100 : LE DÉTROIT D'ORMUZ TENU EN OTAGE, L'AFRIQUE PAIE LA NOTE
Cent jours après les premières frappes américano-israéliennes, le conflit s'enlise dans une logique de représailles sans fin. Le Congrès des États-Unis se retourne contre Trump, l'Iran riposte aux Émirats et au Koweït, et les économies africaines subissent de plein fouet les conséquences d'une guerre qu'elles n'ont ni voulue ni décidée.

Le 28 février 2026, Donald Trump annonçait depuis la Maison-Blanche le lancement d'« opérations de combat majeures en Iran », aux côtés d'Israël. Cent jours plus tard, la guerre s'enlise dans une logique de représailles sans fin, et ses effets se propagent bien au-delà des frontières du Moyen-Orient. En Afrique, de Dakar à Nairobi, d'Abidjan à Kinshasa, ce sont les pompes à essence, les marchés alimentaires et les budgets des ménages ordinaires qui encaissent les coups. Une guerre lointaine aux conséquences très proches, et pourtant si peu médiatisées sous cet angle.
Le verrou stratégique de ce conflit s'appelle le détroit d'Ormuz. Ce couloir maritime de 50 kilomètres à peine, coincé entre l'Iran et Oman, constitue le passage obligatoire d'environ 20 % du pétrole mondial chaque jour. Depuis que Téhéran l'a verrouillé en représailles aux frappes américaines, les marchés de l'énergie sont entrés dans une zone de turbulences durables. Le prix du baril a bondi, entraînant dans sa foulée la hausse des prix à la pompe, du transport, des denrées alimentaires et des produits manufacturés sur l'ensemble de la planète. L'Afrique, continent massivement importateur de produits pétroliers raffinés, figure parmi les premières victimes de ce blocage qu'elle n'a pas provoqué. Une situation d'autant plus injuste que ses gouvernements n'ont eu aucun mot à dire dans le déclenchement de ce conflit.
La semaine écoulée a marqué un tournant politique à Washington. Pour la première fois depuis le début du conflit, un groupe de républicains dissidents a rejoint les démocrates à la Chambre des représentants pour voter une résolution sur les pouvoirs de guerre, cherchant juridiquement à mettre un frein aux opérations militaires du président Trump. Un camouflet symbolique pour l'exécutif américain, qui peine désormais à maintenir l'unité de son propre camp autour d'une guerre de plus en plus impopulaire. Selon les sondages publiés cette semaine, moins d'un citoyen américain sur trois soutient encore la poursuite des opérations militaires en Iran. Et sur le terrain diplomatique, Trump n'a toujours pas réussi à imposer un plan de paix viable, malgré des annonces répétées de « contacts discrets » avec Téhéran.
L'Iran, de son côté, n'entend pas baisser la garde. Samedi dernier, les Gardiens de la révolution ont tiré sept missiles balistiques sur la base aérienne américaine Ali Al-Salem au Koweït et sur le quartier général de la 5ᵉ flotte américaine à Bahreïn. Six missiles ont été interceptés par les systèmes de défense américains, le septième a manqué sa cible. Le Koweït a dans le même temps suspendu ses vols commerciaux après des dommages causés à son aéroport international par des drones. Le cycle des représailles se poursuit, alimenté par une logique d'escalade que ni Washington ni Téhéran ne semble vouloir briser frontalement.
Pour l'Afrique, les conséquences sont multiples, profondes et inégalement réparties. Les pays importateurs de carburant — Côte d'Ivoire, Sénégal, Kenya, Éthiopie, Cameroun, Rwanda, Tanzanie — voient leur facture énergétique exploser. Les gouvernements sont contraints de maintenir des subventions coûteuses pour éviter une explosion sociale, au détriment d'autres dépenses prioritaires comme la santé, l'éducation ou les infrastructures. L'inflation, déjà sous pression depuis la crise post-pandémie, repart à la hausse. Le FMI avait anticipé pour 2026 une inflation médiane de 4,8 % en Afrique subsaharienne : la guerre d'Iran risque de pousser ce chiffre encore plus haut dans les mois à venir, aggravant la précarité de dizaines de millions de ménages.
Paradoxalement, les pays africains exportateurs de pétrole brut — Nigeria, Angola, Gabon, Congo-Brazzaville, Libye, Algérie — ne profitent que très partiellement de la hausse des cours. Faute de capacités de raffinage suffisantes pour transformer localement leur propre pétrole, ils continuent d'importer des produits pétroliers raffinés à des prix élevés, réduisant considérablement le bénéfice net de la flambée des cours. Une absurdité économique structurelle que le continent traîne depuis des décennies et qui, en temps de crise, se révèle particulièrement cruelle. Le Nigeria, premier producteur de brut d'Afrique, importe encore une grande part de l'essence que consomment ses 220 millions d'habitants. Ce paradoxe illustre mieux que tout autre la fragilité de la souveraineté économique africaine.
Le continent africain subit une guerre qu'il n'a pas choisie, décidée dans des chancelleries lointaines, fruit de calculs géopolitiques qui ne prennent jamais vraiment en compte les réalités africaines. Et pourtant, c'est bien en Afrique que l'on fait la queue plus longtemps aux stations-service, que l'on réduit ses portions alimentaires et que l'on renonce aux soins faute d'argent. Cent jours après le début du conflit, une question s'impose avec une acuité croissante : l'Afrique a besoin d'une voix unie, forte et audible dans les instances internationales. Non pour choisir un camp entre Washington et Téhéran, mais pour exiger que ses intérêts soient enfin pris en compte lorsque le monde décide de faire la guerre.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
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