BAD : LES ASSEMBLÉES DE BRAZZAVILLE SONNENT L'HEURE DES RÉFORMES — L'AFRIQUE PEUT GÉNÉRER 1 430 MILLIARDS DE DOLLARS PAR AN SANS MENDIER À L'OCCIDENT
Les 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, tenues à Brazzaville sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle dans un monde fragmenté », ont mis en lumière une vérité que certains préfèrent taire : l'Afrique n'a pas besoin de l'aide internationale pour se financer. Elle a besoin de reprendre le contrôle de ses propres richesses.

Brazzaville vient de fermer les portes de l'une des rencontres économiques les plus importantes du continent. Les 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) ont réuni pendant plusieurs jours dirigeants africains, experts économiques, décideurs institutionnels et partenaires internationaux autour d'un constat que les peuples africains connaissent depuis longtemps, mais que les institutions financières mondiales peinent encore à formuler clairement : le problème de l'Afrique n'est pas le manque d'argent. C'est le pillage organisé de ses ressources et l'incapacité à mobiliser ce qu'elle possède déjà.
Le chiffre mis en avant lors de ces assemblées est vertigineux — et révolutionnaire dans ses implications. Le rapport Perspectives économiques 2026 de la BAD estime que le continent africain pourrait mobiliser jusqu'à 1 430 milliards de dollars supplémentaires par an en améliorant la collecte de ses recettes fiscales, en optimisant ses dépenses publiques, en combattant les flux financiers illicites et en développant des instruments innovants de financement. 1 430 milliards. Par an. Sans aide étrangère. Sans prêt conditionné. Sans ingérence dans les politiques intérieures.
Pour comprendre l'ampleur de ce chiffre, il suffit d'un point de comparaison : l'aide publique au développement versée à l'Afrique par l'ensemble des pays donateurs occidentaux représente environ 50 à 60 milliards de dollars par an — une somme dont une partie significative retourne dans les poches des consultants, ONG et entreprises des pays donateurs eux-mêmes. L'Afrique pourrait donc générer en interne plus de vingt fois ce qu'elle reçoit en aide extérieure, si elle reprenait pleinement le contrôle de ses mécanismes économiques.
Parmi les leviers identifiés par la BAD, les flux financiers illicites occupent une place centrale. Chaque année, entre 50 et 80 milliards de dollars quittent illégalement le continent africain — par le biais de la fraude fiscale des multinationales, de la surfacturation des importations, de la sous-facturation des exportations de matières premières, du blanchiment d'argent et de la corruption facilitée par des places financières occidentales qui ferment les yeux sur l'origine des fonds. Ces milliards qui fuient l'Afrique ne partent pas vers la lune. Ils atterrissent dans des banques suisses, londoniennes, new-yorkaises, luxembourgeoises. Et personne, dans les grandes capitales occidentales, ne s'en émeut vraiment.
Les Assemblées de Brazzaville ont également salué le lancement en 2026 de l'Agence africaine de notation de crédit — une initiative historique qui vise à mettre fin au monopole des agences de notation occidentales comme Moody's, Standard & Poor's ou Fitch sur l'évaluation de la solvabilité des États africains. Ces agences, dont les biais systémiques en défaveur de l'Afrique ont été documentés par de nombreuses études, ont longtemps contribué à maintenir des taux d'emprunt prohibitifs pour les États africains sur les marchés internationaux. Une notation africaine, portée par des experts africains qui comprennent les réalités du continent, change fondamentalement la donne.
La BAD et le Forum économique mondial se sont par ailleurs associés pour développer de nouveaux mécanismes destinés à débloquer les investissements dans les marchés émergents africains — avec une attention particulière à la finance climatique, à la finance islamique et aux instruments de partage des risques qui permettraient de réduire le coût du capital pour les projets de développement africains.
Ce qui se joue à Brazzaville est donc bien plus qu'une réunion technique d'économistes. C'est la construction progressive d'une architecture financière africaine autonome — des banques panafricaines solides, des marchés de capitaux intégrés, des mécanismes de notation indépendants, des instruments de financement innovants. Une architecture qui permettrait enfin à l'Afrique de se regarder dans le miroir sans avoir besoin de l'approbation des institutions de Bretton Woods pour financer ses écoles, ses hôpitaux, ses routes et ses industries.
L'Afrique n'a jamais eu besoin d'être sauvée. Elle a besoin d'être libérée — libérée des mécanismes qui organisent l'extraction de ses richesses vers l'extérieur depuis des siècles. Les Assemblées de Brazzaville sont un pas dans cette direction. Un pas important. Mais la marche est encore longue.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
Commentaires (0)
Articles liés

Burkina Faso : des éléphants signalés sur plusieurs routes, le gouvernement appelle à la prudence

Côte d’Ivoire : la Coupe des Écoles Hôtelières consacre l’excellence et s’ouvre au monde

Sénégal : des députés saisissent le Conseil constitutionnel pour contester la réintégration d’Ousmane Sonko
