AFRIQUE DU SUD : RAMAPHOSA BRISE LE SILENCE SUR LA CRISE XÉNOPHOBE, MAIS LES TENSIONS NE RETOMBENT PAS
Dans une adresse télévisée du 7 juin, le président Ramaphosa a condamné les violences contre les étrangers. Cinq Mozambicains tués. Des pays africains rapatrient leurs ressortissants.

Le président Cyril Ramaphosa n'avait plus le choix. Face à une vague de violences xénophobes qui secoue l'Afrique du Sud depuis plusieurs semaines, il a pris la parole dimanche 7 juin 2026 dans un discours télévisé adressé à la nation. Son message : « Nous n'autoriserons pas que des groupes utilisent les préoccupations légitimes de nos concitoyens pour déstabiliser le pays et inciter au repli sur soi et à la violence. » Des mots fermes, attendus. Mais sur le terrain, les marches anti-immigrés se poursuivaient encore le lendemain dans plusieurs townships de Johannesburg et des environs de Pretoria.
La crise couve depuis des semaines. Des groupes organisés ont multiplié les actions contre les étrangers en situation irrégulière, envahissant des commerces, intimidant des résidents et menant des opérations de contrôle parallèles dans les rues de plusieurs villes. Certains de ces groupes sont allés jusqu'à fixer une date limite au 30 juin pour que les immigrés sans papiers quittent le territoire — une injonction illégale que les autorités n'ont pas immédiatement sanctionnée, laissant prospérer un sentiment d'impunité. Le bilan humain est désormais officiel : cinq ressortissants mozambicains ont perdu la vie dans ces violences. Le Ghana, le Nigeria, le Malawi et le Mozambique ont lancé des opérations de rapatriement volontaire pour leurs citoyens sur place.
Ramaphosa a annoncé des mesures concrètes lors de son discours : renforcement des contrôles aux frontières, surveillance accrue des entreprises employant des sans-papiers, modernisation du système d'immigration et mise en place d'un cadre légal plus robuste. Il a également rappelé que l'expulsion des étrangers est une prérogative exclusive de l'État, et non des milices privées qui n'ont aucune légitimité à agir en son nom.
Mais pour beaucoup d'observateurs, ces annonces ne s'attaquent pas aux causes profondes du phénomène. L'Afrique du Sud affiche un taux de chômage officiel qui dépasse 32 % de la population active — l'un des plus élevés au monde parmi les économies émergentes. La frustration sociale accumulée depuis des années, le sentiment d'abandon des classes populaires face à des services publics défaillants et des inégalités béantes, créent un terrain fertile pour le bouc émissaire. L'étranger devient la cible commode d'une colère qui devrait d'abord se diriger vers des décennies de mauvaise gouvernance et d'économie rentière non transformée.
Ce qui rend cette crise particulièrement préoccupante pour le continent, c'est la nature de ce qu'elle fracture. L'Afrique du Sud n'est pas n'importe quel pays : c'est la nation arc-en-ciel, le symbole vivant de la réconciliation post-apartheid, le pays de Nelson Mandela qui accueille l'une des diasporas africaines les plus importantes du monde. Des Zimbabwéens, des Mozambicains, des Congolais, des Malawites, des Somaliens y ont bâti leur vie depuis des décennies. Les voir chassés par la violence dans le pays qui fut longtemps leur refuge, c'est une blessure profonde dans le projet d'unité africaine que promeuvent pourtant l'Union Africaine et ses États membres.
L'Union Africaine a appelé au dialogue et à la protection des ressortissants étrangers sur le territoire sud-africain. Plusieurs ambassades ont haussé le ton. Mais au-delà des déclarations diplomatiques, c'est une question de fond qui se pose : comment le pays le plus industrialisé d'Afrique peut-il continuer à prospérer économiquement tout en rejetant les travailleurs du continent qui ont contribué à construire sa richesse ?
La réponse de Ramaphosa ne suffira pas si elle reste au niveau des discours. Ce que les Africains attendent de Pretoria, c'est une politique migratoire digne, humaine et cohérente avec les engagements du pays au sein de l'Union Africaine — et une action ferme contre ceux qui, au nom du chômage et de la peur, sèment la haine et la violence.
Car l'histoire a une mémoire. L'Afrique du Sud n'aurait pas survécu à l'apartheid sans la solidarité des nations africaines qui ont accueilli ses exilés, abrité ses combattants et défendu sa cause devant le monde entier. Oublier cela aujourd'hui serait une faute morale et politique que la nation arc-en-ciel ne peut se permettre. Cette solidarité n'est pas une option — elle est le fondement même de ce que signifie être africain ensemble.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
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